"Elle (la morale) est comme l’irradiation sur tout l’être que donne une certitude, non pas
une certitude acquise, une certitude apprise, mais une certitude qu’on a
dans le sang, qu’on sait d’instinct. On est ainsi parce que les rapports réels
de la fidélité impliquent ces conséquences. Car la fidélité ne repose pas
seulement sur une parole qui n’engage pas moins d’un côté que de l’autre
et selon laquelle l’un doit la protection, l’autre le service : ce n’est là qu’un
résultat politique, balistique pour ainsi dire de serment de fidélité. La
signification réelle de la fidélité est au-delà : elle est dans la solidarité,
dans la fraternité profonde que ce parrainage affirme. Ce n’est pas une loi
d’amour comme dans le christianisme, c’est une affiliation. Au contraire
d’une déclaration universelle adressée à tous les hommes, la fidélité
suppose un choix parmi les hommes. On se définit soi-même en
s’engageant, parce que s’engager, c’est s’identifier. Et cette affirmation
qu’on fait de soi, ce baptême qu’on reçoit parmi les hommes, engage pour
la vie : on s’avance et l’on dit son nom. Et ce nom déclare ce qu’on est,
proclame les frères, sépare les étrangers. On est quelque part sur une tige,
sûr de soi, ferme dans son devoir, ayant à la fois une conscience et une
sève, qui sont une seule voix. La fidélité, c’est la conscience du sang. On
est ce qu’on est, certitude qui donne le calme, le sérieux, l’esprit de
justice. C’est le seul baptême que puissent donner les hommes lorsqu’ils
ne vous imposent pas sur le front le signe d’un Dieu."