Candide
« Les privilèges n’existent plus, nous avons
fait la révolution pour cela. Le monde des seigneurs n’a plus sa place en
France. »
Vous vous élevez à juste titre contre les privilèges et leurs seigneurs. Il faut vous en féliciter. Néanmoins, croyez-vous vraiment que les
privilèges n’existent plus en France du fait de la révolution ? De quelle
révolution s’agit-il, de la révolution de 1789 ? C’est une blague s’il
s’agit de la révolution de 1789.
La révolution de 1789 était la
révolution des bourgeois, c’est-à-dire la révolution des propriétaires et petits
propriétaires, contre la monarchie féodale, pour la jouissance libre de leurs
outils de travail en tant que propriétaires particuliers.
Les NON-propriétaires, tels les SANS-CULOTTES, les prolétaires de cette époque, bien qu’ayant été la force la plus vivifiante dans la révolution, avaient été exclus des privilèges de la révolution bourgeoise. La bourgeoisie révolutionnaire avait tranché à la guillotine les têtes de leurs représentants. Les têtes de Baboeuf et Robespierre par exemple furent ainsi tranchées.
La révolution
bourgeoise n’avait fait et ne pouvait faire qu’enlever certains privilèges à la
féodalité, pas tous les privilèges, seulement les privilèges institutionnels
qui entravaient l’épanouissement du régime bourgeois de libre disposition des capitaux (moyens
de travail).
De sorte que la révolution de
1789, loin d’abolir les privilèges, tous les privilèges, n’a fait que banaliser
et sacraliser les privilèges des bourgeois en proclamant inviolable et sacrée
la propriété privée des moyens de travail. Ainsi par exemple, l’article 17 de
la déclaration de 1789, base éternelle des constitutions républicaines
françaises, proclame : « La propriété
étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est
lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et
sous la condition d’une juste et préalable indemnité ».
Or, la source des privilèges exclusifs dans
la société n’est rien d’autre que la propriété privée des moyens de travail (le capital). Autrement dit, la société bourgeoise, dont l’essence consiste à
sanctuariser la libre disposition du capital à des fins privées, sera toujours
une société des privilèges exclusifs, socialement discriminants.
Le capital est un bien collectif,
un fruit de la nature plus ou moins greffé du travail collectif. La libre
disposition du capital, à des fins personnelles ou privées, signifie la
soustraction à la collectivité d’un bien collectif. Tout le bouillonnement de
la société bourgeoise consiste à légitimer, généraliser et à sanctifier ce vol originel.
Sans abolir la propriété privée
du capital, les privilèges et leurs seigneurs ne peuvent disparaître. Seule la
révolution communiste, du type de la révolution bolchevique russe, léniniste-staliniste héritière de la COMMUNE DE PARIS, abolit la
propriété privée du capital pour instaurer la propriété collective du capital
comme base économique de la transformation progressive de la vieille société
bourgeoise en société communiste.