Je ne suis pas sûre d’adhérer à tout dans votre article mais votre propos est
intéressant et pertinent à l’heure actuelle. A part en ce qui concerne les
artistes où vous allez beaucoup trop vite en besogne. Je ne sais pas qui est
Inna mais je vais prendre l’exemple de PSY pour vous démontrer que vous
interprétez trop vite un fait (le buzz Gangnam Style) pour le réécrire à votre
façon afin de servir votre propos. Mais ne vous inquiétez pas, beaucoup de
journalistes l’ont fait à l’identique avant vous.
Vous dites :
"D’autres vont user de toutes les techniques et de toutes les technologies
disponibles pour faire le « buzz », n’hésitant pas à abandonner toute
recherche artistique. C’est ainsi que Psy a exporté sa musique à l’échelle
mondiale par le biais d’un phénomène de mode internet, et qu’Inna s’est rendue
célèbre plus pour son physique que pour sa vocalise."
Tout d’abord, le titre Gangnam Style n’était absolument pas calibré
pour créer un « buzz » mondial. Il suffit de voir le choix du thème
de la chanson : qui, à part les Coréens et les personnes ayant fait du tourisme
en Corée, connaissait le quartier de Gangnam avant ce « phénomène » ?
Personne. Gangnam Style s’adressait aux Coréens avant tout car seuls les
Coréens peuvent véritablement comprendre de quoi il se moque (et ça n’a pas
forcément été bien compris ici).
Ensuite, il faut savoir qu’en 2012, PSY faisait son retour après
une longue absence. S’il a bénéficié d’une certaine promotion en Corée du Sud
(passage dans des talk shows, etc.), celle-ci est restée dans la norme car PSY
n’était pas l’artiste sur lequel YG Entertainment, sa maison de disque, misait
le plus. YG misait alors plus de 50% de ses deniers sur le groupe BIGBANG,
actuellement l’un des groupes coréens les plus populaires à travers le monde et
qui faisait son come-back au même moment. En regardant le clip de Gangnam Style
de PSY et celui de Fantastic Baby de BIGBANG, tous deux sortis à la même
période, on n’a pas trop de doute quand à savoir lequel a coûté le plus cher.
Le succès de Gangnam Style est donc pour ainsi dire accidentel. Il a marché en
Corée du Sud mais ce qui s’est passé ensuite, c’est que des artistes américains
en ont parlé sur les réseaux sociaux. Sans cela, il n’aurait sans doute pas
dépassé les frontières de Corée du Sud – il aurait peut-être eu du succès dans
certains pays d’Asie mais encore une fois, les autres Asiatiques sont beaucoup
plus attentifs à ce que fait un groupe comme BIGBANG qu’aux faits et gestes de
PSY. C’est encore vrai à l’heure actuelle, malgré le buzz Gangnam Style.
Autre chose, vous dites que PSY abandonne toute recherche musicale... Que
connaissez-vous vraiment de PSY, à part Gangnam Style et Gentlemen (qui, c’est
vrai, est assez naze J)
? Avez-vous écouté son dernier album ? Saviez-vous que PSY a également œuvré
pour d’autres artistes dans des registres musicaux très différents (rock,
notamment) ? PSY a plus d’une corde à son arc.
Enfin, pour en revenir au sujet de votre article, à savoir
la prostitution, PSY a certes profité du succès-surprise de Gangnam Style pour
aller faire le pitre partout, y compris devant Barack Obama. Mais connaissant
un peu le personnage, qui est quelqu’un de très intelligent, je suis sûre qu’il
a parfaitement conscience du côté un peu grotesque de l’aventure. Mais il y a
quelque chose qui nous dépasse dans ce que vivent les Coréens avec l’exportation
de leur culture pop en ce moment. Pour se faire une idée, il faut remettre les
choses dans leur contexte historique.
Les Coréens ont été occupés par les Japonais pendant 35 ans au début du 20e siècle,
puis ils ont encaissé deux guerres, avant d’être pris sous la tutelle (occupés,
quoi) par les Américains. Si vous voulez parler de prostitution, revenez plutôt
sur ces sombres chapitres de l’Histoire. Sous l’occupation japonaise, des
centaines de milliers de femmes et d’adolescentes ont été envoyées comme femmes
de confort aux soldats japonais. Les hommes, eux, n’ont pas forcément eu
meilleur traitement puisqu’ils ont été mis en esclavage et dépouillés de tout.
Ensuite, si l’occupation américaine n’a rien à voir avec la période japonaise,
et heureusement, le pays était dans une telle misère sociale dans les années
50-60 que la plupart des jeunes femmes se prostituaient auprès des soldats US,
juste pour survivre et faire vivre leur famille. Malgré tout, le pays s’est peu
à peu relevé, moyennant tout de même des années de dictature militaire. Le
premier président à avoir été élu démocratiquement est Kim Dae Jung et c’était
en 1997, ce qui est très récent. C’est à partir de là qu’il y a eu une vraie
politique visant à promouvoir la culture auprès des jeunes dans ce pays, qu’il
s’agisse de culture traditionnelle ou populaire. Dans ces conditions, le succès rencontré par la culture pop coréenne aujourd’hui est plutôt admirable.
Ainsi, associer le comportement de PSY à de la prostitution
me semble déplacé. Ce qui me chagrine dans ce bashing anti-coréen, c’est qu’il
survient alors qu’il s’agit du premier titre coréen de l’Histoire à faire un
buzz dans le grand public, c’est-à-dire au-delà des aficionados. Le résultat ?
PSY cité dans un article comme le votre, qui m’a l’air plutôt réfléchi par
ailleurs. A côté de cela, on subit les campagnes marketing monstrueuses des
Américains, que ce soit leur musique ou leur cinéma, et personne ne trouve rien
à redire. Y compris lorsque les blockbusters sont en réalité vendus aux marques
en tous genres, comme ce fut le cas de Man of Steel récemment. Peut-on parler
de prostitution de l’art ?
Cela dit, si vous voulez vraiment vous concentrer sur les
artistes connus par le web, pourquoi ne pas plutôt vous attaquer à les désaxés
qui se filment 24h/24 et qui balancent ça sur YouTube ? Ou à toute forme de téléréalité : je ne
sais pas si vous avez jeté un coup d’œil il y a quelques mois au casting des Anges
de la Téléréalité mais là ça dépasse l’imagination et ça entre à font dans le
sujet de votre article. Autrement plus que PSY.
E