Je ne suis pas sur de bien voir l’apport de votre idée au schéma de Girard. Le démontage progressif des protections instinctuelles contre la violence au sein du groupe parallèlement a la montée en puissance du mimétisme avec ses risques, peut parfaitement a la fois ’s’inscrire dans une perspective évolutionniste sans exclure un épisode « catastrophique ». On pourrait même se poser la question de la nature du goulot d’étranglement génétique au cours duquel, les homos se réduisent a un groupe, une femme (?), qui est notre ancêtre commun.
Cela donne l’impression de vouloir sauver a tout prix une certaine vision du matérialisme.
En ce qui concerne le rapport entre sa théorie et la croyance, il me semble qu’il en rend bien compte. Ses hypothèses tiennent parfaitement debout sans foi. Son retour au christianisme est indépendant de sa pensée théorique.
Il me semble que le rapport le plus intime des écrits des Girard avec le christianisme, c’est qu’ils sont en réalité presque gênant. Ils pourraient passer comme une « preuve » une « justification fonctionnelle », une béquille, de ce qui se veut être une foi. Un christianisme sans le christ ressuscité en quelque sorte.
Personnellement, j’ai eu l’impression de voir cela chez Dupuy. ( ordre et désordre). Dire qu’il y a un trou noir qui est l’origine du sens, un indéterminé, un hasard non probabilisable, mais quand même quelque part rationnalisable, il me semble que c’est quand même une tentation de réintroduire une possible origine d’un sens ultime au sein de l’humanité avec le risque évident, technocratique, que certains s’imaginent mieux, contrôlent, maitrisent et administrent aux autres au nom d’une objectivité proclamée de leur savoir.
Un peu de Girard rapproche des textes bibliques. Trop d’un Girard rationnel en éloignerait.
A la fin, c’est quand même la grâce seule, qui permet sans illusion de s’accepter comme pécheur et de ne pas attendre son salut de soi même pour transformer sa vie.
Cela ne peut pas être une expérience intellectuelle sauf a rentrer dans un nouveau cycle mimétique.
D’une manière générale, votre démarche me semble s’inscrire dans une tendance qui consisterait a faire un tri dans l’expérience chrétienne. Dans un premier temps, on constate, au besoin en s’appuyant sur Girard, qu’il n’y a que cela qui marche un peu historiquement.
Dans un second temps, on voudrait avoir les conséquences sans les causes. C’est Régis Debray qui voudrait bien une societe chretienne mais sans l’irrationnel des mysteres, BHL, qui cherche un testament de Dieux, etc...
L’hypothèse d’un christianisme sans le christ a de quoi faire peur. Quand on voit se dont on été capable les matérialistes socialistes, nazis et autres néo darwiniens au 19 eme avec leurs bases de pseudo science décalquée des théories des vases communiquant et des fonction dérivables, on est pas presse de voir leurs héritiers fonder une nouvelle science de la gestion des rivalités mimétiques fondée sur un trou noir indémontrable et donc non contestable mais quand même entre des mains trop humaines.