A Lord
Je trouve que vos commentaires ont un cote très procès a charge.
Je suis d’accord, j’ai rencontré des gens qui lisent Girard comme un système clôt et se disent « eurêka, j’ai tout compris et je vais vous expliquer ». Cela peut tourner a l’idéologie de nouveaux convertis. Et il en parle. Sa théorie utilisée comme vecteur d’un conflit mimétique. Regardez comme je suis plus intelligent, autonome dans mes désirs, que vous... Un peu le jeu auquel nous nous livrons tous ici...
En revanche, Girard défend le statut de ses écrits comme une hypothèse et non une thèse, et je pense a juste raison. Il propose un schéma et demande aux spécialistes de le tester.
De ce fait, il a toujours été prêt a évoluer.
C’est en particulier le cas sur le judeo christianisme. De mémoire, Domenach racontait qu’il avait invite Girard dans une conf de la revue Esprit. Il présente son hypothèse, et les catho lui font découvrir que cela s’applique mal aux textes judeo chrétien. A partir de la il creuse la question. Cela finit par donner « des choses cachées...
Oui il tourne des le départ autour du »religieux« . Mais dans »Mensonge Romantique« , il recours a un vocabulaire qui en est issu, sans nécessité de transcendance. Les personnages romanesques font une expérience de »conversion« qui n’a pas besoin d’un Dieu.
D’une manière générale, il ne me semble pas qu’il distingue du religieux primitif ou non mais des modes de gestion de ce qu’il y a d’irrationnel en l’homme et en particulier le mimétisme du désir dans ses conséquences potentielles les plus absurdes, c’est a dire quand il n’y a plus d’enjeu concret, mais une rivalité ou chacun devient le modèle ennemi de l’autre. je ne vois pas que Girard hiérarchise les formes religieuses. Il me semble que dans son hypothèses, le socialisme, pour prendre une forme religieuse contemporaine, n’est pas »plus ou moins primitif« que d’autres religions, mais simplement moins efficace, parce que même en additionnant les victimes, il ne parvient pas a rétablir la paix dans le groupe. Même chose pour le freudisme. Pas plus ou moins primitif que le chamanisme, mais moins efficace. le Chaman parvient effectivement a curer d’une manière ou d’une autre certains maux au sein des populations qui y adhérent, la psychanalyse aussi mais sur de longues années. Le fond »theorique« et »l’initiation« sont plus primitif dans la psychanalyse, mais c’est sans doute aussi parce que la société est plus complexe, plus diverse, que les patient ne sont pas spontanément »intégrés« a la vision du monde pshy. que le processus est long.
»la théorie
girardienne ne peut se passer de l’opération d’un agent
« supernaturel » : par la nécessité d’un désir (0) d’origine
« non-humaine » imité par le premier Erisanthropus Mimeticus : pas
étonnant que Girard se doit d’évoquer l’édénique serpent…«
Je dirai absolument pas. Au contraire. Dans sa »scène originelle« si je puis dire, puisqu’il s’agit d’un non partage, toutes les possibilités sont ouvertes. Depuis une rivalité autour de désir naturels, manger, coucher etc, jusqu’à un hasard complet. Il y a en a un qui ramasse un caillou, colore ou non, par hasard et déclenche une rivalité. Non seulement il n’est pas indispensable qu’il y a ait un désir zéro, mais il n’est même pas nécessaire qu’il y ait un vrai désir pour entrainer une imitation. Tous cela se passe parfaitement de tout agent supranaturel.
Ce n’est pas le sacrifice qui est premier chez Girard, c’est le meurtre dans le cadre d’un combat de tous contre tous. Chez les animaux d’un même groupe, il peut arriver qu’un individu en tue un autre dans le cadre d’une rivalité, mais c’est en général un hasard ou sur la base de besoins objectifs. Cela ne menace pas la survie du groupe en tant que groupe. Le lion qui se débarrasse du vieux mâle dominant et éventuellement de sa progéniture.
Les autres attendent le résultat des courses. Chez les loups, la queue entre les jambes met fin au combat automatiquement.
Le sacrifice n’est que la reproduction ritualisée du meurtre. C’est le meurtre qui est premier. Meurtre inutile, gratuit en quelque sorte. Incompréhensible.
Enfin, vos indiens. A voir. Ce que vous décrivez, c’est exactement le phénomène de méfiance vis a vis de tous ce qui est étranger au groupe et d’évitement tellement systématique de tous ce qui pourrait être l’enjeu d’une rivalité mimétique qu’on en vient a se demander si cela ne confirme pas plutôt les thèses de Girard. C’est vrai en particulier et justement du refus de compter qui évoque bien un potlach a usage externe...
Du reste, c’est bien une forme »moderne« . Cette société correspond a l’idéal socialiste contemporain...
Refus têtu de tous ce qui pourrait s’apparenter a un héritage, a une transmission, au delà de la stricte nécessité naturelle (deux générations...), au nom de l’autonomie de l’individu contre l’hétéronomie et la subjectivité inégalitaire de l’héritage dans un idéal égalitaire.
Refus de compter ( »La sante, l’école, le service public, etc... n’ont pas de prix« ce qui revient a ne pas se demander si ils ont des couts),
Volonté de rapports humains fondes sur l’instantanéité du désir, les engagements réversibles etc...liberté sexuelle, indifférenciation la plus poussée possible des individus.
De ce point de vue, il serait intéressant sur le plan théorique de connaitre le statut de homosexualité et des »genres« dans cette tribu...
Il y a aussi le point de l’acceptation des métis. Sur les Cunas du panama, j’ai entendu des description iréniques de certains sur un syncrétisme réussi entre une culture indienne et des valeurs »vaudoises« appropriées autour du refus des sacrifices d’enfants, diplomatie féminine etc... et d’autres qui disent que l’homogénéité du groupe tiendrai également a l’élimination discrète a la naissance de tous les enfants métis.
La comparaison ne s’arrête pas la. Dans les deux cas, la survie d’une telle société nécessite une très grande fermeture a l’extérieur et un grand immobilisme. La forme privilégiée de l’échange avec l’est était le barter, a des conditions pas toujours avantageuses, malgré l’existence d’un système de prix capitaliste externe. Refus de produire soi même certains biens dit »de luxe" trop individualisant, sans renoncer a les acheter.
Compte tenu de ce que l’on croit savoir de l’extension relativement extrêmement rapide des nouvelles technologies ( feux, taille des pierres, domestication du chien, etc...) le mode d’existence même de ce groupe évoquerait une pensée extrêmement élaborée de la gestion du désir mimétique...
Après tout, on retrouve dans la Bible, dans Samuel, les mêmes réticences a compter...
Cela ne veut pas dire qu’ils ne savaient pas le faire.
Il faudrait voir le funéraire. Il est vrai qu’on ne sait pas si il y a eu des conflits aux premiers ages, si il y a eu cannibalisme interne ou externe ou rite funéraires de décharnement, mais des lors qu’il y a des tombeaux intentionnels, au lieu de se débarrasser des cadavres avec les autres restes de chasse, on a quand même un indice fort que les idées de Girard fonctionnent.