@ Lord
Ma réponse correspond à votre message du 4 août 22:52 et au post qui a suivi.
Sur
le premier point, je dirais ok, je veux bien reconnaître que la
présentation que vous faites en opposant les méthodes ne s’apparente pas
directement à ce que l’on pourrait appeler une argumentation ad
hominen. Je vous fais crédit sur ce point.
Néanmoins, je voudrais
souligner le fait que « catégoriser » une approche théorique comme étant
fondée sur une méthode différente, sous entendue, inhabituelle, non
reconnue comme « orthodoxe », etc. s’apparente à un argument ad hominen (argument
qui catégorise pour dévaloriser) si l’idée est de suggérer qu’il y a
quand même là un problème a priori sans qu’un défaut précis ne soit en
même
temps désigné dans le processus argumentaire issue de ladite méthode.
Que l’herméneutique girardienne soit hétérodoxe par l’hétérogénéïté des documents qu’elle rapproche ne me gêne aucunement.
Il n’est aucune règle en la matière, il n’est que des usages.
Qu’un penseur original transgresse les usages, je dirais que c’est de coutume.
Ce
qui importe ici c’est la possibilité de dégager des invariants et plus
les domaines sont éloignés plus on peut postuler un profondeur et une
pertinence pour lesdits invariants.
Donc désolé, que vous soyez
plus confortable avec Burckert qui a un champ de réflexion davantage
circonscrit je le conçois mais pour ma part, là ne va pas ma préférence.
Ce
qui m’intéresse en tant que darwinien passionné par l’évolution des
organisations de quelque niveau que ce soit, c’est les théories fortes,
(« totalisantes » dirait COLRE), qui traitent de dynamiques archifondamentales
du niveau de la théorie des catastrophes, des systèmes dissipatifs
et/ou dynamiques, chaotiques etc.
Je ne fais pas du tout dans le
néo-structuralisme à la Thom, mais disons que j’essaie de partir du
niveau explicatif le plus fondamental, le plus abstrait pour remonter
ensuite vers les formes plus concrètes.
Sous ce rapport, Lorenz
me paraît le penseur accompli par excellence car il a su assurer un
circulation constante entre l’empirique et l’abstraction et l’un n’a
cessé de nourrir l’autre. Au demeurant Darwin ne serait pas mal non plus
sous ce rapport.
Cette circulation entre la théorie et les
données, je le concède est bien loin d’être assurée dans tout le champ
couvert par la théorie girardienne.
C’est à bon droit que vous
pointez son absence dans le domaine paléontologique alors qu’ a priori, la
théorie girardienne a prétention à en dire quelque chose.
Le
fait est qu’elle ne l’a pas fait et que le champ conceptuel girardien
est ici en friche ou quasi virtuel tant il est abstrait.
Comme je
l’ai indiqué à COLRE, aussi irritant que cela puisse être pour certains,
ce constat sévère mais juste ne permet pas de conclure quoi que ce soit
quant à la validité ou l’invalidité de la théorie girardienne sous le
rapport de l’hominisation.
Rien ne peut être conclu tant que des
hypothèses logiques, des corrélats paléontologiques n’aient été déduits
des axiomes girardiens.
Les données brutes ne prouvent rien,
jamais. C’est toujours le sens qu’on en fait qui est mis à l’épreuve.
Il reste à faire sens desdites données paléontologiques dans un contexte
girardien.
Et comme j’ai essayé de le montrer, cela ne présente a
priori aucune espèce de difficulté dès lors que l’on veut bien partir
du modèle animal qui, avec les mythes fondateurs, permet d’encadrer au
sens mathématique, l’intervalle qu’occupe le processus d’hominisation.
Vous me dites il y a de la cognition sophistiquée dès -400.000 ans ? J’achète.
Vous m’auriez dit 1000.000 c’était pareil.
Je
m’attache aux dynamiques, à l’organisation, à son évolution, aux
paramètres pertinents qui joue sur cette dernière. Cela donne un
substrat très plastique qui, s’il est bien conçu, doit pouvoir intégrer les formes, les chronologies et les géographies
dont nous disposons.
La problématique n°1 de toute organisation,
axiome fondamental que vous pouvez mettre à la banque (pour parler
anglosaxon) si vous ne l’avez déjà fait, c’est le problème de la
stabilité, donc de la reproduction, du maintien en somme de
l’organisation.
Donc d’emblée quand je lis Girard je sais qu’il a tapé dans le mille.
On
est dans la plus pure abstraction avec cette notion valable dans tous
les domaines de la science mais on sait aussi, alors, qu’on est au
plus juste, à ce qui est d’une valeur absolument générale et dont il
serait insensé de s’écarter.
Ensuite, si on garde l’oeil fixé sur
cette problématique en pensant constamment en terme évolutionniste donc
de reproduction différentielle, on voit bien que le modèle des
chimpanzés qui mêle chasse-sacrifice et même guerre pourrait constituer
la pierre de rosette des cultures humaines.
D’autant plus que nous disposons juste à proximité du modèle Bonobos
dont on sent bien qu’il offre de singulières résonances avec l’humain.
Entre
ces deux points, le modèle animal d’une part et la violence
sacrificielle des religions historiques, je trace une ligne droite et je
me dis que je tiens quelque chose de solide même si, c’est bien
certain, cette ligne enjambe plus qu’elle ne traverse le champ
paléontologique.
Ceci pour vous expliquer que je puisse avoir cette attitude de parfait naïf sous le rapport de la paléontologie/archéologie.
Vous
m’apportez des nouvelles du front, j’en suis ravi, j’assimile ça sans
problème à mon modèle du « sacrificiel animal totipotent car polymorphe ».
Vous me dites ensuite que la théorie girardienne ne tient pas la route et là c’est moi qui ne comprends plus.
Comment
pouvez-vous dire cela ? Vous n’avez pas d’hypothèse girardiennes
spécifiques dans ce domaine ! (et encore une fois cet état de fait ne vous permet aucunement de réfuter ladite théorie).
Parvenu à ce
point vous devriez vous exclamer : "Et
l’hypothèse girardienne selon laquelle durant la nuit des temps, durant
des centaines de millénaires se serait opéré une perpétuation rituelle
du meurtre originel ? C’est pas une hypothèse testable et donc réfutable ça ?"
Ce à quoi je répondrais, oui, bien sûr, c’est une hypothèse tellement testable et réfutable que je l’ai déjà réfutée.
En effet, dans mon
document de travail de 1989, je tentais précisément un renversement de
cette perspective.
L’idée devenant qu’il n’y a pas eu plus de meurtre
originel qu’il n’y a eu de poule originelle (celle qui a fait le premier
oeuf 
Le sacrifice est un mode de régulation sociale dont les formes abouties
appartiennent à la période historique, celle d’où proviennent les mythes
fondateurs.
Durant la nuit des temps ce qui s’est lentement structuré ce sont les
représentations et les opérations mentales qui sous-tendent le religieux
: la pensée causale d’abord, la pensée catégorique avec le distinguo
entre l’espace de la communauité et l’entour sacré, et la pensée de cet
opérateur « fabuleux » qu’est la (mise à) mort avec le formidable impact
psychologique que cela a déjà sur les grands singes.
Ceux-ci tuent chassent-sacrifient des colobes et en recueillent déjà les bénéfices.
Alors pourquoi pas nos ancêtres protohominiens ?
Et là, pour ce que j’évoque, vous pouvez même remonter à Homo erectus ou Homo abilis si vous voulez.
L’important est juste de savoir si on peut considérer qu’un mode de
régulation sociale de même nature, protosacrificiel, a pu se mettre en
place chez ces premiers hommes.
Dès lors que cela existe chez des animaux présentant des capacités
intellectuelles peu différentes, il n’y a pas de raison de l’exclure.
A partir de là, vous pouvez traverser toute la paléontologie de manière
assez sereine car l’organisation sacrificielle est déjà toute entière
présente quand bien même il s’agirait d’un embryon réduit à une cellule
unique.
Tel que je le vois, les données paléontologiques vont pouvoir tranquillement habiller
cette trame conceptuelle qui, notez bien, ne lache rien de ce qui est
essentiel au modèle girardien.
Et les données qui se présentent, franchement, sont excellentes.
Les principales, les sépultures montrent une centration sur la question de la mort qui colle plutôt bien au modèle girardien, vous ne pouvez pas dire le contraire (une fois que vous avez laissé tombé le stéréotype que j’ai moi-même réfuté, ce que, ne vous en déplaise, Girard a accepté sans mégoter, d’autant plus facilement que, il faut y insister, il avait déjà rassemblé les éléments qui permettaient d’aller dans cette direction. Je n’ai fait que secouer son modèle pour lui faire trouver son aplomb).
Quoi qu’il en soit, ici le modèle bonobo peut aller se rhabiller si je puis dire.
Bon allez je m’arrête avant de me laisser aller 
A bientôt pour la suite.
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