@ Lord
Réponse à votre message du 5 août 2:22 & 2:29
je note que pour vous la chasse est de nature sacrificielle : ce
qui bien entendu n’est pas mon opinion (rassurez-vous, je suis loin d’être le
seul) la seule chose sur laquelle je vous rejoindrais est l’association soit de
représentations singulières du Monde soit d’une forme de sacré à l’activité
« chasse ».
Néanmoins, vous me semblez avoir une vision assez « élaborée » de
la chasse : les primitifs sont bien plus pragmatiques : existent certes divers
rituels ponctuels liés à la chasse, voir même des chasses rituelles, mais pour
l’essentiel la chasse est équivalente à aller au supermarché…je caricature mais
c’est bien cela à la base.
Non, pas à la base ni même après coup car je pense
que tous les groupes de chasseurs-cueilleurs s’adonnent à l’activité de
chasse dans un contexte dont le sacré n’est jamais complètement absent.
Seuls les braconniers en prise sur l’économie occidentale et les
chasseurs occidentaux issus d’une culture qui a radicalement désacralisé
la nature peuvent « aller au supermarché » quand ils partent en chasse.
Il me semble qu’a contrario on peut postuler que les protohominiens avaient à l’origine une alimentation conforme à celle observée chez les grands singes et que l’inclusion progressive de
la consommation de chair dans leur régime a justement été l’occasion de
reproduire, d’élaborer et d’évoluer vers des représentations sacrées
qu’on peut imaginer comme étant à l’origine semblables à celles des
chimpanzés de Gombé, cad, réduites à leur plus simple expression, à
savoir quelque chose qui pourrait être, simplement, la conscience de
l’apaisement qu’amène la mise à mort et la consommation collective,
« unanime » de cet être de chair.
Ce qui est clair est que a) vous réfutez les fondations théoriques du modèle girardien concernant le processus d’hominisation et b) persistez pour je ne sais quelle raison à défendre un modèle dont vous réfutez l’hypothèse de base…étrange mais bon…
Je ne réfute pas les fondations théoriques du modèle girardien.
Si je le faisais Girard l’aurait refusé comme il a objecté à une foule
d’autres positions moins importantes pour lui que j’ai prises (par
exemple dans ma thèse j’explique la construction mimétique du « soi » sur
une base complètement « mécaniste »).
Si vous voyez les choses ainsi c’est que vous vous tenez à une version stéréotypée du modèle girardien.
On est dans le modèle girardien dès lors qu’on tente de faire fonctionner la double hypothèse mimétique + sacrificiel.
C’est ce que je fais après avoir assoupli le modèle girardien en le
rendant progressiste, darwinien, mais c’est toujours le modèle
girardien.
Où voyez-vous un problème ici ?
Quant à votre association chasse/sacrifice chez les chimpanzés : disons que
c’est votre interprétation : il faudrait en faire la démonstration : mais même
dans ce cas, nous parlons du genre Pan qui bien que proche n’est pas le genre
Homo : quelques millions d’années d’évolution divergente et différente se sont
écoulées : partant de là, si le propos est d’évoquer une supposée antériorité
« animale » sur la base des pratiques de chasse supposément
sacrificielles chez les chimpanzés : il faudrait en premier lieu offrir une
chronologie sur l’apparition et le développement de ses pratiques
« pan-iennes » et comparer tout aussi chronologiquement avec le genre
Homo…
Dès lors que Pan Troglodytes avec ses capacités cognitives somme toute sommaires est capable d’inventer une activité de « mise à mort et consommation sans visée alimentaire, apaisante, en collectif unanime et sans hiérarchie, de la chair d’un quasi semblable vivant au sein même de la troupe » (ce qui est je crois assez conforme à l’idée qu’on peut se faire d’une activité de nature sacrificielle), il me semble qu’il n’y a rien d’extravagant à postuler que des protohominiens avec des capacités cérébrales supérieures aient pu eux aussi découvrir de manière quasi subsidiaire l’effet pacificateur d’une telle pratique pour ensuite la déployer, à force de répétition sur des dizaines ou centaines de millénaires, pour en faire une
activité vitale très élaborée tant au plan des représentations sacrées,
qu’au plan des techniques ou qu’au plan alimentaire. Autrement dit, je
pense qu’il ne serait pas insensé de considérer la chasse comme la
forme originelle de pratique sacrificielle.
[...] il me semble
donc que des bandes de chasseurs-cueilleurs nomades isolés n’avaient à
l’évidence pas de concept d’inceste…
Je pense que la question reste ouverte car,
pour autant que je sache, les (certains) grands singes respectent une
forme de tabou à ce niveau. Il me semble bien avoir lu ça chez Cyrulnik.
Quant au reste de votre propos : à nouveau, vous spéculez mais ne me
fournissez rien de concret…
Ah je que vous avez repéré mon grand défaut.
La spéculation, c’est mon pêché mignon 
la seule raison d’une multiplication des conflits
est l’accroissement démographique qui n’apparaît justement qu’avec l’émergence
de sociétés agro-pastorales et donc de sociétés fondés sur le Collectif :
ben oui, les sacrifices c’est fait pour souder le collectif non ?
Ceci dit, j’entends ici que, selon vous,
l’imitation n’est pas à l’origine de la multiplication des conflits,
mais que c’est plutôt la concurrence issue du nombre et de la difficulté
ou impossibilité de partager autrement que par le conflit.
Je pense que ces facteurs spatiaux, territoriaux, « objectifs »
contribuent à la conflictualité mais cela n’empêche absolument pas
l’imitation de jouer le rôle amplificateur postulé par Girard.
et à
nouveau voilà quand factuellement et archéologiquement les sacrifices
collectifs élaborés apparaissent aussi…
OK, ici ça colle non ?
Il est amusant que vous invoquez mon incapacité à faire telle ou telle
démonstration sur la base que je ne
disposerai pas de tous les éléments culturels : alors que que ce soit vous ou
Girard : vous postulez, si ce n’est affirmez que TOUT découle d’une activité sacrificielle
originelle, unique… sans vous imposer de passer par la case concernée…
Comme les théorèmes de limitation en mathématique,
la démonstration de l’absence est très exigeante puisqu’elle suppose de
pouvoir rassembler le TOUT.
Il faut que tous les élèves soient rassemblés sous le regard pour que l’on puisse objectiver qu’il en manque un.
Pareillement, pour démontrer l’absence d’un élément culturel, il faut que vous puissiez en dresser le catalogue complet.
Si ce n’est pas possible, vous ne pourrez conclure à l’absence de l’élément en question.
C’est tout autre chose que d’extrapoler (peut-être indûment) à partir d’éléments positifs mais parcellaires.
Les conjectures ne coûtent pas cher vous pourriez me dire, non sans quelque raison.
Mais c’est tout ce qui fait la différence entre la recherche théorique et la recherche empirique.
Les empiristes ne devraient pas reprocher aux théoriciens d’être dans la conjecture.
A contrario, les théoriciens ne devraient pas reprocher aux empiristes la pauvreté de leurs élaborations théoriques.
L’idéal serait qu’ils se rencontrent, qu’ils s’accordent et qu’ils
coopérent comme on sait le faire en physique, (la reine des sciences),
où, pour le coup, les théoriciens ne sont pas vu comme des "chercheurs
en fauteuil"
Chacun fait profession de ce qui lui va bien 
Après je ne sais pas mais il me semble que vu que la manifestation
matérielle d’un sacrifice implique au minimum une victime, que vu que selon le
modèle girardien, cela produit des « signes » ; en conséquence toute
manifestation sacrificielle devrait être marquée dans le Réel (rien que pour
les besoins de commémoration ou réactualisation au sein de groupes à
l’espérance de vie réduite) ergo dans l’Espace : et donc présence de sites
sacrificiels à proprement dit ou a minima de tombes de sacrifiés (après tout
pour rester dans le quasi-universel le culte des morts, martyrs, héros, soldats
tombés, etc… est universellement manifesté dans les sociétés concernées par un
marquage dans le territoire : un espace « sacré » en dehors du temps, de
l’espace…) : étrangement bien qu’il semble que cela ait été une activité répétée
pendant des centaines de millénaires : rien de cela n’apparait…alors certes ce
n’est pas une démonstration par a plus b de l’absence de tout élément
sacrificiel pour les périodes concernées : s’en est simplement le constat
empirique : pour rappel un constat empirique a souvent valeur de démonstration.
Vous projettez une représentation actuelle sur le passé et vous regrettez de ne pas la trouver.
Encore une fois, cela n’est pas censé vous mener ailleurs qu’à la remise en question de votre anticipation.
C’est précisément l’objet de ce papier de montrer que les conceptions initiales de Girard sur le sacrifice nécessitaient un aménagement.
Je vous invite à présent à chercher le sacrificiel du côté de la chasse comme évoqué plusieurs fois déjà.
J’ai l’audace de croire que nous pourrions tomber d’acord sur cet aspect du problème.
"Vous ne pourrez faire cela
et je dirais même que vous n’essayerez même pas car les éléments de nature
sacrificielle, une fois que vous commencerez à les chercher résolument, tout
comme Girard, vous les trouverez partout.
je suis sûr qu’ils fourmillent dans ces moments de rencontres ritualisées entre
groupes épars qui se retrouve pour telle ou telle fête où l’on échange les
objets dangereux car désirables, comme les femmes par exemple."
Tout à fait, tout comme lorsque je me suis amusé avec les Anciens
Astronautes : j’ai pu constater que je les retrouvais partout : dans toutes les
cultures, mythes, religions, etc…sans parler côté culture matérielle :
peintures pariétales, fresques antiques, temples païens, etc…même dans la
Bible, entre le pluriel Elohim, les « fils de Dieu » et les hybrides
angélo-humains, Ezechiel et ses chars, etc…sans parler des Annunaki sumériens,
ou des croyances Dogon…PARTOUT se retrouve la croyance en des entités stricto
sensu exoterrestres…et vu que c’est bien plus universel que le sacrifice : vous
imaginez ce que je devrais en conclure…mais bon après les Aliens, je passerai
aux Thétans chers aux sciento (alternative crédible au désir mimétique), à
l’Intelligent Design, à la lutte des classes ou à l’Eros freudien : et à chaque
fois : je les trouverais partout parce que je traiterai et envisagerai toute
information collectée sous ces seules perspectives…Voilà le problème avec les
« girardiens » ou autres : n’envisager qu’une SEULE interprétation ou
compréhension de tel ou tel objet culturel : quand bien même parfois une simple
remise en contexte permet de s’éviter approximations ou erreurs grossières..
Vous avez déjà utilisé ce thème supposément argumentatif.
ça ne fonctionne pas.
Vous pourriez aussi bien dire que Girard fait comme les théoriciens du complot.
Cela ne mène nulle part.
démonter pour démonter n’est absolument pas ma motivation :
débattre certes, émettre des critiques ou des objections mais étant
somme toute un être raisonnable, dévouer mon temps à une simple
entreprise de démontage -pour je ne sais quelle raison : je tire mes
jouissances d’autres entreprises- serait aussi absurde que stérile. Donc
ici il ne s’agit pas d’autre chose que d’une discussion ou débat si
vous préférez : qui bien entendu aurait un intérêt moindre si je me
contentais de hocher la tête en signe d’acquiescement à chacun de vos
propos...
démontage ne veut pas dire mauvais esprit.
Cela veut dire simplement « mettre à l’épreuve », voir ce qui résiste.
Je ne crois pas que vous soyez contre a priori.
Quoi qu’il en soit nous sommes d’accord, c’est une bonne chose de préserver le débat,
en évitant les acquiescements complaisants.
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