Ce n’est pas seulement les Frères musulmans qui sont aux abois, Tariq Ramadan aussi. Sur son blog, il lance un appel pour continuer, évidemment « pacifiquement », la lutte contre la junte militaire. C’est à croire qu’il veut nous faire aimer la dictature...
"La situation en Égypte est grave
et l’avenir parait sombre. Tout peut arriver. Même si le spectre d’une
guerre civile n’est pas encore d’actualité, il faut envisager tous les
scenarii et agir en conséquence. Il semble que le Pouvoir (les civils
comme les militaires) sont divisés quant à la stratégie à mener.
D’aucuns veulent éradiquer les Frères Musulmans et leur organisation,
d’autres veulent les soumettre à des conditions de survie sans pouvoir,
permettant ainsi de maintenir l’illusion d’un avenir pluraliste et
démocratique. Tous jouent la carte de la réduction de leurs opposants
aux seuls « Frères Musulmans » et en les diabolisant sous les vocables
« terroristes » et « extrémistes ». La répression pousse à la
radicalisation, et elle justifiera, à posteriori, la répression
elle-même. Un cercle vicieux que l’on a déjà vu dans l’histoire
contemporaine de l’Egypte.
Les opposants au Coup d’Etat, et à leur tête les Frères Musulmans, se
sont mobilisés pacifiquement et ils continuent de manifester malgré
l’état d’urgence et la répression. Leur résistance de plusieurs semaines
a été non violente et doit le rester malgré les provocations des
militaires et des policiers dont on connaît les stratégies. Exécutions
de masse ou ciblées, soudoiement de délinquants (connus sous le nom de
baltaguiyya) afin qu’ils attaquent les manifestants, avec, de surcroît,
la multiplication des incendies d’Eglises coptes pour diviser et nourrir
les factures sectaires (Sadate et Moubarak avaient usé de la même
stratégie).
Il reste qu’au moment même où ces manifestations continuent dans la
non violence, la société civile - toutes tendances confondues - opposée
à la violence et aux militaires doit se mobiliser et former un front
uni autour de positions communes claires, courageuses tout en étant
réalistes. Une coalition nationale doit se former avec des femmes et des
hommes de la société civile - des laïques, des islamistes, des Coptes,
des femmes, des jeunes activistes - qui sont prêts à ouvrir les voies
d’un dialogue avec les autorités en demandant :
- 1. L’arrêt de la répression
- 2. La
libération des prisonniers politiques, leaders et membres de partis, qui
aurait pour conséquence, de fait, l’arrêt des manifestations
-
3. La détermination des étapes qui devraient restituer le processus
politique aux civils avec la fixation négociée d’échéances politiques et
électorales.
La société civile doit aujourd’hui s’exprimer et refuser la
réthorique mensongère qui veut faire croire que l’armée serait opposée
aux seuls islamistes. Ce qui est en jeu est l’avenir démocratique de
l’Egypte et celui-ci ne pourra être avec l’Armée aux commandes. Il
appartient aux civils de faire leur autocritique en même temps que de
travailler ensemble pour sortir de la crise. Etre un observateur passif
et non violent de la violence, c’est faire le choix indirect de la
violence.
http://www.tariqramadan.com/spip.php?article13049