@yasunari
« privatiser les profits, socialiser les pertes » c’est une belle formule, mais pas très sérieuse... à moins de défendre le slogan inverse : « privatiser les pertes, socialiser les profits » ?
... « Et hop »...
Et puis j’ai beau retourner le problème du licenciement dans tout les sens, je n’arrive pas à trouver le moindre rapport avec votre slogan ni avec les « néolibs ». Expliquez-nous ça.
Sinon, OK pour la première partie de l’analyse, mais c’est encore bien sommaire.
* la précarité est un risque pour l’employé, pas pour le patron ! Au nom de quoi faudrait-il que l’employeur paye pour un risque qui n’est pas le sien ? Aux employés de s’organiser entre eux pour répartir la charge de la précarité des emplois disponibles. Mais le rapport de force social est favorable au salarié sécurisé plutôt qu’au salarié précaire. Résultat : au lieu de bénéficier d’une prime de risque, les salariés précaires sont aussi les plus mal payés, en réalité. Autrement dit : ça ne sert à rien d’essayer de compenser la précarité au niveau du salaire, ça ne marche pas.
* le prix de la précarité est très dépendant de la possibilité de retrouver un emploi. Si c’est très facile, le prix de la précarité est faible, si c’est difficile le prix de la précarité est élevé. Pas de chômage, pas de problèmes... Il est donc secondaire de lutter contre la précarité, et si il faut faire un choix entre la lutte contre la précarité et la lutte pour l’emploi, il n’y a pas photo.
* la précarité elle-même (et non pas son coût) est un sous-produit de l’emploi, pas du chômage ! La création d’un emploi crée ipso facto le risque qu’il disparaisse. Pas de précarité sans emploi, pas d’emploi sans précarité. Le seul paramètre libre, une fois connu le stock d’emploi, c’est le degré de transfert des emplois, entre employés et chômeurs : on peut, effectivement, réduire la précarité pour un groupe d’employés en lui garantissant que son emploi ne sera pas transféré à un autre, mais ça se fera forcément au détriment soit d’un autre groupe d’employés, soit des chômeurs (et ça correspond bien à ce qu’on observe en France, avec toute l’échelle de sécurité, du fonctionnaire au chômeur, en passant par le CDI, le CDD, l’interimaire et le stagiaire). Conclusion peu réjouissante et un peu brutale : toute lutte frontale contre la précarité est directement une lutte contre l’emploi, car l’un ne va pas sans l’autre !
Et là, on rentre dans le débat politique : la théorie (peu contestable mais parfois trop dérangeante) c’est que si le niveau de sécurité légale de l’employé en poste est trop élevé, ça conduit les patrons à s’auto-censurer, à limiter leurs embauches, donc à augmenter le chômage ; le diagnostic, non partagé, c’est que ce point de rupture est atteint. La droite française propose de réduire le niveau de sécurité légale (et Galouzeau ajoute « à la niche les gauchistes »). La gauche pragmatique (quasiment absente en France...) dit OK pour le diagnostic mais on préempte une partie des bénéfices globaux (plus d’emplois, plus de richesses) pour financer un filet de sécurité puissant (genre : 90% de l’ancien salaire pendant 4 ans, Cf. Danemark), la droite pragmatique répond OK pour le filet puisque c’est votre condition pour la mise en oeuvre. La gauche française dit : votre théorie c’est de la blague et votre diagnostic est une grosse fumisterie, tout ça c’est rien ka pour taxer un peu plus les employés (et les danois sont juste des crétins qui laissent « privatiser les profits et socialiser les pertes »).
Soit dit en passant, c’est exactement le même genre de débat que celui qui n’a pas vraiment eu lieu à propos du SMIC. La droite le trouvait trop élevé, la gauche dogmatique est monté sur ses grand cheveaux, et après des années de débats la gauche pragmatique a dit OK vous avez raison mais on ne touche pas au SMIC net, et finalement on a mis en place des allègements de charges qui ont le même effet pour l’employeur qu’une réduction du SMIC sans que ça touche l’employé, au prix d’une subvention de la collectivité à la Sécu. Et aujourd’hui il y a encore des débat de réglages, mais peu de débat de principe.
Juste pour dire qu’on peut trouver une solution sans s’énerver...