Hé bien c’est à dire que votre billet est tellement caricatural, très bien écrit je trouve (ceci
explique-t-il cela ?), qu’il me semble exemplaire en la manière tout aussi
virulente que celle de Jean-Luc Mélenchon de s’exprimer. Aussi, ne demandez pas
aux mélenchonniens et à ceux qui partagent tout ou partie de ses analyses de
rester sans réaction. Pour ce qui est des « moins », je considère cette
réaction comme propre à un niveau d’intelligence relativement moyen, mais il ne
faut jamais dire une chose pareille, ça froisse l’égo de ces commentateurs
tellement…, enfin bref.
Ce que je comprends parfaitement dans le propos de JLM, la
manière étant outrageuse dès l’instant où l’on s’arrête à l’ego froissé, pourquoi
pas, c’est qu’il est impensable de continuer à produire de la viande
industrielle dans des goulags animaux, dans lesquels les salariés sont des
variables d’ajustement, au prix des pires compromissions avec les multinationales
de la chimie et de l’agro-alimentaire, au pire détriment de l’environnement.
S’il est imaginable de contester l’eco taxe qui vient encore grever le coût de production
breton (mais c’est vrai dans tant de régions européennes, les producteurs de
fruits et légumes par exemple vous en diront des nouvelles), je demande à ce
que vous expliquiez comment vous pensez possible de mettre fin à la démence du
système industriel de production de malbouffe et au totalitarisme de la grande
distribution. Je voudrais savoir à quel prix le porc à 5 euros sera vendu une
fois la taxe appliquée (sans douter que c’est la grande distribution qui en
tirera un nouveau profit).
Conjointement, qu’on m’explique quel sens il peut bien y
avoir dans l’obligation qui serait faite à la collectivité de subventionner,
peut-être pour moitié des coûts de fabrication, des produits issus de la surproduction
de biens divers, avec pour corollaire la destruction des ressources, l’esclavage
des animaux et des humains. On connaît bien désormais les coûts du productivisme
pour la santé au sens général, l’environnement, la dignité humaine, et les
bénéfices prélevés sans la moindre notion de moralité par les gros industriels
et le capital. Il est donc bien question d’une guerre contre l’injustice qu’il
est impossible de reporter : l’éco taxe est l’un des outils possibles dans
la quête d’un monde plus juste, mais évidemment que nos gouvernements donnant l’impression
de poursuivre de toutes autres idéologies, comment y croire.
Il en va dans ce domaine comme dans celui du nucléaire :
la catastrophe écologique en terre et sur les côtes bretonnes est connue, expliquée,
tout comme on a entendu quelque considérations émouvantes sur le cul-de-sac représenté
par le nucléaire après Tchernobyl et Fukushima (au fait, les Bretons si
rancuniers aiment-ils le nucléaire ?). Mélenchon, dramatiquement incapable
de s’exprimer en termes choisis, défend une certaine idée de la vie sur cette
planète aux ressources en péril. Au cœur de la ressource, il suffit d’écouter
Mélenchon pour comprendre son combat et ses convictions, il y a les femmes et
les hommes, ce que certains Bretons à la très courte vue semblent ignorer,
nommons-les puisque c’est sur ce terrain identitaire que se déroule la
polémique pour eux. Ses arguments contre la révolte des gens ulcérés par l’éco taxe
sont précisément en faveur du rétablissement de la dignité des producteurs
respectueux du besoin de la société et de l’environnement. Il rappelle souvent
que le défi d’aujourd’hui n’est pas de sauver la planète, mais le seul
environnement compatible avec la vie humaine.
En définitive, la question bretonne est donc un problème qui
intéresse la collectivité tout entière, et les pays européens. J’ai vu samedi
sur C+ un petit producteur de porc qui expliquait qu’il puisait depuis plusieurs
années dans ses fonds pour payer ses cinq employés, nourrissait ses animaux
avec des produits locaux, convaincu de pratiquer un élevage de qualité, et
allait « crever » sous peu puisque son travail ne couvrait pas ses coûts
de production. Impressionnant, douloureux, révoltant : depuis quand est-ce
l’acheteur qui décide du prix qu’il paie ? Vous le savez, le combat est
ailleurs que dans la question de la taxe. Mais c’est une guerre économique que
le gouvernement a perdue, et s’apprête à perdre encore avec le scandale de l’accord
transatlantique. Mélenchon a, hélas, de mauvaises manières qui coûtent cher à
sa cause, mais il est trop facile de se tromper de cible : son credo vise
à établir un équilibre social et écologique dans lequel justement les peuples devrait
retrouver leur dignité et un espoir pour l’avenir. Sinon, c’est un processus de
guerre qui s’amorce. Bretons bornés ? Ne donnez pas raison à ceux qui se contenteraient
d’un tel piètre jugement.