@ Laurenzola,
Votre dernière remarque est très juste. Simplement sa conclusion logique est que l’universalisme consubstantiel à certain système de pensée sont invalides, ou bien alors dangereux pour la coexistence pacifique s’ils s’appliquent effectivement, puisqu’ils contreviendraient alors, inéluctablement, au principe de réciprocité que vous évoquez à juste raison.
Il
convient en effet de récuser méthodiquement l’idée selon laquelle il y aurait,
non pas un même genre humain, une commune espèce au sens biologique
du terme, comme l’auteur de l’article feint de le découvrir pour assoir sa démonstration, mais celle qui consiste à croire et à
faire croire, afin bien sûr d’amener l’idée par glissement progressif qu’ils partageraient un même système de valeurs, de mêmes idéaux et de mêmes intérêts, confondus en
tous temps et en tous lieux, que les hommes seraient précisément
réductibles à cette seule grille d’analyse, primant ainsi sur toutes autres
considérations.
C’est d’ailleurs, au passage, tout à fait symptomatique et
paradoxal qu’e des individus supposément attachés aux valeurs du progressisme
historique déterminent l’idée qu’ils se font de l’Homme par une argumentation fondée
en premier lieu sur des critères essentiellement biologiques et
non philosophiques...
Introduire cette idée permet d’en développer une autre, souvent masquée en France par les
oripeaux d’un républicanisme et laïcisme de façade, qui se trouve être, comme
il a été dit précédemment, la notion d’Universalité, et en particulier
d’universalité des Droits de l’Homme. Or c’est justement une imposture et ce
pour plusieurs raisons :
1/ Première objection : tout n’est pas réductible à la
vision du monde - parfaitement réductrice - qu’en ont nos universalistes, dont
il faut notamment chercher à se décentrer pour s’en affranchir. Par exemple,
pour qui s’intéresse à la géopolitique constate très rapidement qu’il y a des
constantes dans l’Histoire, mues par des dynamiques qui leurs sont propres.
Cultures, traditions, croyances, religions, sont autant de paramètres à prendre
en compte au sein de l’hypothétique unité de l’Homme, et que l’on peut réunir
sous le vocable de « système de valeur ». Et, très exactement, il ne
faudrait surtout pas oublier que ces systèmes de valeur, multiples et
c’est un état de fait, sous-jacents à toute politique quelle qu’elle soit,
s’ancrent d’abord et avant tout dans une géographie particulière. Ce qui déjà
s’accorde très mal, par principe, avec l’idée même d’universalisme.
2/ Deuxième objection, qui découle de la précédente, la plus
redoutable : le simple fait que ces systèmes de valeurs, ces différentes
cultures et civilisations, revendiquent pour elles-mêmes leur propre
universalisme, relativise explicitement et logiquement la notion même
d’universalité. Prenons un exemple parmi une multitude d’autre : l’Islam.
Qui peut prétendre que l’Islam n’ait pas vocation, de part sa conception
dogmatique, à l’universalité ? Qui nous dit que ce que l’on appelle de
façon péjorative les « fondamentalistes », nullement en déclin mais
bien au contraire partout dans le monde en expansion rapide, n’aient pas pour
vocation et projet politique de transformer les nations occidentales et le
monde en territoire à majorité musulmane (par conversion ou substitution de
population) ? Cela pour une raison simple : le corpus islamique - qui
a prétention à l’universalité donc - ne fait absolument pas de distinguo entre
les territoires où s’exerce - ou devrait s’exercer - l’influence déterminante
de ce dernier. Il n’y a donc pas de frontières à l’islamisation du monde,
autrement que ses limites géographiques.
L’Islam, « religion totale », foncièrement intolérante à
d’autres systèmes de pensée - ni plus ni moins que tout corpus universaliste - puisque de surcroit fondée sur des préceptes religieux d’où
siège une notion d’absolue par définition peu encline à se partager avec
d’autre sphères d’influence, idéologies ou système de valeurs. Par
conséquent ces principes et ces préceptes, portés à un degré d’absolu tel que
la raison ne peut plus avoir de prise, s’opposeront - nécessairement s’entend -
pour une partie d’entre eux, c’est à dire les plus explicites et les moins
susceptible d’être soumis à interprétation (châtiments corporels, peines
capitales divers et variés notamment pour crime d’apostasie, restriction à la
liberté de conscience, rupture de l’égalité en droit, ect...) aux principes
réputés tout autant universalisables selon notre propre référentiel
occidentalo-centré. Pas moins d’ailleurs totalitaire par essence. Et les nombreux pays envahis ses dernières années militairement par l’Occident au nom de la prétendue défense des Droits de l’homme en savent certainement quelque chose.
Dans
ces conditions chacun peut comprendre qu’un quelconque partis pris idéologique
puisse être vécu par autrui, défendant de fait un autre universalisme, comme
une pure aberration morale, exactement au même titre que l’on jugerait en
conscience indécent et malhonnête de se voir refuser un principe de réciprocité
élémentaire qui, de notre point de vue encore une fois, peut pourtant sembler
évident, cohérent et rationnel ?
D’où l’idée qu’il faille introduire un nécessaire et rude rapport de force entre sphères civilisationnelles - et qui n’est absolument pas réductible à du « racisme », qui est un épouvantail argumentatif - qui plus est face à
des cultures traditionnelles patriarcales et endogames qui ont beaucoup de mal à respecter
la propension au compromis, à l’introspection et à la négociation de nos
sociétés occidentales dites modernes.
Un rapport de force d’autant plus intelligent - et subtil - qu’il
supposerait la défense en priorité des valeurs propres à chacun de ces groupes
sur les territoire où ils sont historiquement majoritaires et dominants.
Ce
qu’il faut donc prôner c’est l’intérêt bien compris de toutes et de tous qui
passe déjà, indépendamment de notre propre grille de lecture moralisatrice
pseudo-universaliste, par le respect des différences au-delà des limites,
autrement dit des frontières, qui leurs sont spécifiques. Ce qui
implique logiquement, en miroir de ce postulat, de ne nullement devoir
accepter, à l’intérieur de celles-ci, l’imposition d’us et coutumes
qui leurs sont étrangers. CQFD.
3/
Troisième objection : faisons remarquer que ce qui pourrait sembler
étrangement incohérent (mais sembler seulement) est que ce discours
universaliste sur lequel s’adosse sur la scène mondiale les bonnes
âmes occidentales (et parmi elles nombre de libéraux de droite et de
libertaire de gauche confondus) au vue de prêcher la bonne parole tels les
missionnaires chrétiens du XIXè siècle, est du reste le parfait complément
pourtant a priori antagoniste d’une autre posture cette fois-ci sur la scène
intérieure occidentale, au sein même de notre sphère d’influence donc, et qui
tend par le multi-culturalisme et immigrationnisme qu’il déploie avec force
conviction, et le droit à la différence forcené qu’il promeut, à ériger comme
modèle un relativisme moral et culturel indiscutable, avec les conséquences
heureuses que chacun peut expérimenter quotidiennement.
Ce qui ne manque pas de
dévoiler in fine la totale contradiction intellectuelle de nos tenants humanistes, qui n’en est pas
une en réalité, mais fait partie intégrante d’un processus d’aliénation et de
manipulation de l’opinion publique afin de lui faire accepter, de plus en plus
manifestement contre son gré, un projet mondialiste dégénéré de déculturation,
d’éradication, de nivellement et de déracinement à grande échelle.