http://www.avatareditions.com/435/eurasia-%E2%80%93-semestriel-de-geopolitique :
Depuis une quinzaine d’années, une nouvelle idéologie politique a surgi dans la Russie post-soviétique. Bien qu’encore peu connue en Occident, cette doctrine s’est fortement développée et enrichie, se diffusant surtout parmi les élites russes mais aussi celles de « l’étranger proche » (principalement les républiques musulmanes anciennement soviétiques) et même en Europe, en Turquie, en Iran, etc. Cette nouvelle idéologie s’appelle l’eurasisme, et elle est inséparable de la figure de son fondateur, le philosophe et géopoliticien russe, Alexandre Douguine.
Le premier eurasisme fut fondé en 1920 par des intellectuels russes de l’émigration (N. Trubetskoy, P. Savitsky, N. Alexeiev, etc.). Ceux-ci affirmaient que l’identité russe était née d’une fusion originale entre les éléments slave et turco-musulman, que la Russie constituait un « troisième continent » situé entre l’Occident (dénoncé comme matérialiste et décadent) et l’Asie. Le livre-manifeste du mouvement était d’ailleurs intitulé Tournant vers l’Orient (Petr Savitsky, 1921). Les eurasistes se démarquaient des nationalistes classiques et des slavophiles. Sans être communistes, ils n’étaient pas opposés à l’expérience soviétique, qu’ils regardaient comme la continuation de l’idée impériale russe.