(suite 1) Par ailleurs, professeur chems eddine Chitour, dans mon
article, après la citation du Dalaï-lama dont je donne, moi, les références (Le moine et le philosophe,
Nil éditions, Pocket 1999) la suite, jusqu’à la
fin de votre premier extrait, est exactement celle-ci :
»Bien entendu, en
disant cela le Dalaï-lama est parfaitement sincère, comme la plupart de ceux
qui disent habituellement la même chose. Mais la « pratique selon son
esprit » n’est qu’un vœux pieux et la conclusion qu’il en tire une
contre-vérité. Tous les monothéismes continuent d’affirmer que Dieu a bien, en
plus de ses appels à la paix, commandé des « exactions », des
maltraitances, des violences, des guerres, des massacres de peuples entiers, ou
de catégories entières de la population de la planète.
Le judaïsme, le christianisme et l’islam, dans toutes leurs composantes,
l’affirment explicitement. Le quatrième monothéisme, le bahaïsme – ou, comme
préfèrent le nommer ses adeptes, la « Foi bahaïe » – adhère à la même
conception duale que ses prédécesseurs mais, en quelque sorte, « par
défaut ». Il ne rejette pas explicitement son volet criminogène, il se
contente de ne pas l’enseigner comme une vérité définitivement acquise ayant,
dans les faits, la valeur d’un vrai dogme.
Les autres religions du Livre le font et, donc, les
« exactions », les violences et « les divisions entre les
peuples » pratiquées au nom de la religion ne sont pas du tout des
« déviations ». Il faut dire ici bien fort que les croyants
fanatiques passant à l’acte criminel effectif « ont bon dos », et que
les institutions de leurs religions respectives devraient, dans une société où
la Justice profane serait réellement indépendante et objective, assumer au
moins partiellement la responsabilité de leur crime.
Car ce sont bien ces institutions qui ont indirectement préparé le criminel
à son crime en lui enseignant la prétendue double et incohérente volonté du
Dieu de la Bible et du Coran : tu aimeras ton prochain comme
toi-même et tu le haïras quand ce sera nécessaire ; tu ne tueras pas et tu
tueras abondamment quand Je te demanderai de le faire « pour la bonne
cause ». Dans ce cas-là Je « frapperai d’anathème » l’individu,
le groupe ou le peuple que tu pourras ou devras faire disparaître. Il sera mis
ainsi hors du commun des mortels protégés par la règle d’amour et de respect
mutuel, et la contradiction flagrante cessera d’en être une.
Il serait sans doute utile de s’interroger ici sur le rôle qu’a pu jouer
cette notion biblique dans les grands crimes de l’humanité profane depuis 2000
ans. L’anathème n’était-il pas un acquis mental collectif lorsque des européens
massacraient les indiens d’Amérique pour prendre leur terre ? Ou lorsque
d’autres, un peu plus tard, réduisaient les africains à l’esclavage pour les
besoins des nouveaux propriétaires ? Indiens et africains n’étant pas ressentis
comme étant vraiment des hommes, on pouvait rester bon chrétien en les
exterminant ou les asservissant.
Même s’il me semble qu’il y a bien, ici encore, relation de cause à effet
entre la conception violente de Dieu et la Shoah, je crois qu’elle est beaucoup
moins directe et qu’il faudrait, pour l’aborder correctement, de nombreuses
pages et des compétences que je n’ai pas. J’espère seulement trouver un jour
une étude sérieuse de cet aspect particulier du problème sous la plume des
chercheurs les plus honnêtes et les plus documentés en ce domaine.
Il faut au moins savoir gré à Benoît XVI d’avoir re-précisé et souligné,
dans le nouveau catéchisme de l’église catholique, sa conception duale,
violente, criminogène de Dieu. Lorsqu’il n’était encore que le cardinal
Ratzinger la responsabilité du comité de rédaction lui fut confiée. Ce comité
donna une fois de plus valeur de dogme à la croyance en une « bonne
violence » de Dieu. Il confirma qu’il fallait continuer de l’enseigner et
la transmettre aux générations futures.
Il le fit, certes, indirectement mais de manière parfaitement claire en
réaffirmant que le Livre de Josué est aussi « saint » que tous les
autres de l’Ancien Testament (passage 120 du Nouveau catéchisme), que tous ces
livres « ont Dieu pour auteur », sont jugés par l’Eglise
« sacrés et canoniques », « avec toutes leurs parties »
(105), laquelle Eglise « n’accueille pas seulement une parole humaine,
mais ce qu’elle est réellement : la Parole de Dieu » (104). Il le fit en
réaffirmant que « Dieu est l’Auteur de l’Ecriture Sainte en inspirant ses
auteurs humains » et qu’il « donne ainsi l’assurance que leurs écrits
enseignent sans erreur la vérité salutaire » (136), « tout ce qui
était conforme à son désir et cela seulement » (106), qu’ils enseignent
« fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir
consignée pour notre salut (107)…
Mais, bien sûr, le Catéchisme contient aussi les tortueuses précisions sur
la nécessité de faire les « bonnes interprétations » de toutes les
horreurs « conformes au désir de Dieu » qu’on rencontrera dans
« l’Ecriture ». Il faut dire sans détours que, loin d’atténuer le
caractère maléfique des affirmations précédentes, elles le renforcent
impardonnablement. Elles sont tout simplement une monstrueuse tricherie
supplémentaire.
Celle-ci est aussi vieille
que la démarche religieuse elle-même. Parmi beaucoup d’autres l’évêque Augustin
(pour le catholicisme), ou Maïmonide (pour le judaïsme) expliquaient déjà, aux
Ve et XIIe siècles, que l’église et Dieu « persécutent par amour »,
contrairement aux impies qui persécutent par cruauté. La « vérité que Dieu
a voulu voir consignée » c’est alors que, « pour notre salut »
il faut massacrer beaucoup de monde sur la terre. Le Livre de Josué, plus que
tout autre livre sacralisé résume parfaitement, dans l’Ancien Testament (AT),
cette « vérité salutaire ».