"En plus, de toute façon nous mourrons qu’on le veuille ou non !) Bien
que le fait de tuer ne puisse pas porter à conséquence comme le disent
les bouddhistes puisque cela ne change rien à la réalité des intentions
réelles et profondes de celui qui tue pour sa survie ou pour s’échapper
de l’enfer ou pour en faire sortir d’autres (de l’enfer)… et de toute
façon tout étant dans l’impermanence… cela ne portera peut-être pas à
conséquence… «
à l’auteur
C’est vrai que nous mourrons tous un jour où l’autre. Et dès lors, nous n’aurons plus jamais mal aux pieds ni à la tête. Mais ce n’est assurément pas ce que voulait dire ce vers de Péguy :
»Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles«
Le lieutenant Péguy écrivait ça peu d’années avant de devoir en faire lui-même l’expérience en 1915, à la tête de ses hommes et dans un misérable champ de betteraves. Mais cette mort-là, qu’il avait prévue, à laquelle il consentait d’avance, s’inscrivait dans un système de conceptions philosophiques qui n’avait rien de méprisable, où les notions de courage et d’honneur avaient un sens même si le nationalisme revanchard de ces années-là, encore marqué par la défaite de Sedan, nous est désormais assez étranger. On consentait à mourir, mais c’était pour que d’autres pussent continuer à vivre, et à vivre dans la liberté. Rien de comparable au Viva la muerte des fascistes une vingtaine d’années plus tard.
Ce que vous écrivez dans cet article consternant, étant donné le contexte, ce serait plutôt »Heureux ceux qui sont morts dans les grands génocides« . Mais ces morts-là marquent la destruction même de ce qui fait l’humanité, c’est la négation de tout ce qui lui donne un sens et vous en arrivez donc à tolérer sinon justifier les pires systèmes : Staline, au fond, ça n’a pas tant d’importance. Hitler non plus, ni Pol Pot, ni les horreurs du Rwanda ni celles, aujourd’hui, des pentes du mont Sinjar. La terre n’en continuera pas moins de tourner.
Vous écrivez ça juste au moment où les bandes armées du Califat sont en train de commencer à exterminer les minorités Kurdes. Sur une autre page, je disais il n’y a pas une heure que le Calife Abou Bakr al-Baghdadi ne tarderait pas à trouver sur ce site ses zélateurs et ses apologistes. On n’y est pas encore, mais presque, et vous vous employez déjà fort courageusement à aplanir le chemin vers ce qu’on peut prévoir de pire.
Que vous citiez Gandhi, passe encore : ses lettres à Hitler m’ont vite persuadé de la sottise de ce »fakir" (c’est ainsi que l’appelait Churchill), mais évitez de mettre du bouddhisme dans votre salade. Le pilier central du bouddhisme, c’est la compassion. Le bodhisatvva Avalokitesvara qui l’incarne, et dont je suis probablement le dernier avatar, ne saurait vous le pardonner.