@ soi même et @ Éric Guéguen
à propos de "l’homme
animal doué de raison"
" La spiritualité
est première. C’est ce don de naissance
qui différencie l’homme de l’animal. Grâce à la spiritualité il pourra
réfléchir, raisonner, philosopher, prendre conscience de l’importance naturelle
de l’esprit chez l’être humain, ressentir l’impérieux besoin de trouver un sens
à sa vie.
La spiritualité est une
culture. La prise de conscience de cette faculté innée conduit les êtres
humains à la développer, la cultiver, lui rechercher la meilleure, la plus pure
application, ce qui les conduit à la transcendance, à l’idée de Dieu. Chaque
individu pourra ainsi décider l’organisation de sa vie future et, avec
d’autres, celle de la société où il vivra. Il pourra prendre conscience de la
nécessité d’une morale individuelle et d’une morale de groupe. Il pourra, avec
d’autres, décider de proclamer, de systématiser la priorité spirituelle dans le
rassemblement chaleureux de ceux qui la conçoivent de la même manière, au sein
d’une religion. On ne peut voir là que du positif, un processus par lequel
l’anthrope et la société s’épanouissent. La spiritualité cultivée devient alors
la culture de l’idée de Dieu, de la croyance en lui, du rapport, intime ou
collectif, à lui. Parallèlement cependant, et avec une aussi grande valeur, la
spiritualité pourra se cultiver et s’épanouir dans une philosophie rejetant
l’idée de Dieu.
La spiritualité, hélas, est
aussi une déviance. L’anthrope ne se satisfait pas de certitudes et de
fraternité dans la seule connivence. Il veut ses valeurs universellement
partagées, transformées en valeurs de tous au service d’un monde reconnu par
tous comme le monde idéal. C’est pourquoi, bien souvent, l’homme spirituel
cherchera à imposer ses valeurs. La
spiritualité pervertie va prendre alors de multiples formes, jusqu’à ce qu’il
faut bien nommer la spiritualité criminelle : invention d’un devoir de tuer, de
faire la guerre, de torturer...
Ne nous y trompons pas,
l’Inquisition comme la guerre sainte sont bien des produits spirituels : les
pires aboutissements, en fait, de cette aberration - on pourrait dire cet
oxymore - communément acceptée comme une normalité, voire même un produit de
sagesse : le pouvoir spirituel institutionnalisé. Censé s’opposer au pouvoir
politique temporel et matériel, ce pouvoir prétendument spirituel est en
réalité une autre forme, illégitime, de ces pouvoirs. Du bénéfique pouvoir
intérieur de l’individu sur lui-même, fruit bien réel de sa spiritualité, de
l’éventuel charisme qui étend, dans la liberté spirituelle, cette bénéfique
influence hors de soi, on a glissé vers le pouvoir institutionnellement exercé
sur les autres individus, et vers le pouvoir de groupes sur d’autres groupes. A
partir de cette spiritualité dévoyée, Dieu est invoqué pour justifier, servir,
imposer des intérêts de nations, de classes, de races, etc... "
C’était le début du paragraphe intitulé « La spiritualité matérialiste » (ou spiritualité et criminalité) dans
un petit livre de mars 2000 qu’il ne m’a jamais été possible de publier, même
au lendemain du 11 septembre 2001 : Désacraliser
la violence religieuse.