Bonjour Daniel,
J’ai lu votre article « Le véritable enjeu
politique de 2012 ». J’y vois une véritable prise de conscience et je
suppose qu’elle est l’apanage de tout intellectuel économistes ou non qui s’intéresse
ou plutôt cherche à comprendre les difficultés que vivent les Européens, et les
Français en particulier, sur le plan économique et social.
Je reprends quelques points de votre analyse de 2012. « Ceux
qui sont pour la mondialisation, l’Union Européenne, le remplacement du modèle
Français par un modèle type américain sont reconnaissables dans leur façon plus
ou moins adroites d’éviter tout débat sur le sujet de la mondialisation, du
libre échange et de la dérégulation financière. Ce sont eux qui occupent tous
les médias avec les petites phrases, les leurres en tout genre, les faux débats
sur le pouvoir d’achat, la fiscalité, le chômage qu’ils ont tous en commun de
ne jamais traiter au fond. Tout est fait pour vous persuader qu’eux seuls sont
sérieux, qu’eux seuls peuvent résoudre les problèmes, qu’eux seuls méritent vos
suffrages et que les autres, tous les autres, sont des rigolos, extrémistes, révolutionnaires,
ignorants, incompétents et tutti quanti.
[…]
La France a une position stratégique dans les centres de
décisions mondiaux dans la mesure où elle est une nation influente dans l’Union
Européenne, première économie du monde. C’est parce que le modèle français
représente une alternative séduisante à celui des anglo-saxons que la classe
dominante anglo-saxonne tente de le détruire depuis tant d’années, de le
marginaliser et de le dénigrer avec la complicité d’alliés intéressés et de
collaborateurs félons. Les électeurs français détiennent les clés de leur
avenir. Leur responsabilité est engagée vis-à-vis de leurs enfants.
De votre choix de 2012 dépend la réussite ou l’échec du processus de
marchandisation générale des activités humaines. Ne votez plus pour vos
ennemis. »
Evidemment votre analyse se tient. Et on peut croire que vous
avez raison dans toute la ligne. Cela cependant paraît qu’en apparence. Et je
regrette de vous contredire. Vous mettez tout sur les politiques la
responsabilité sur le phénomène de la mondialisation, mais vous omettez le plus
important, le mouvement de l’Histoire. La différence entre ce que vous dîtes et
l’Histoire est celle-ci. Pourtant, la France, un tout petit pays de quelques
500 000 km2 sur la planète a rayonné sur peut-être un quart voire un tiers
de l’humanité. Et le Royaume-Uni tout autant voire plus. Evidemment, il y a des
forces historiques qui ont joué, qui ont commandé serait plus juste, dans tous
les domaines de l’évolution de l’humanité. Et si comme vous dîtes « La
France a une position stratégique dans les centres de décisions mondiaux dans
la mesure où elle est une nation influente dans l’Union Européenne, première
économie du monde. », c’est que l’Histoire du monde an a décidé,
en a voulu ainsi, je veux dire par les forces de l’Histoire.
Aujourd’hui, le monde a changé et ne se raisonne pas comme
vous le faîtes « en des politiques qui sont pour la mondialisation et d’autres
qui sont contre ». Ce phénomène mondialisant dépasse les États. C’est
un peu comme si vous disiez « en des politiques qui sont pour la décolonisation
et ceux qui sont contre ». De la même façon, les Chinois qui diront « Les
Occidentaux profitent de leur puissance monétaire alors que nous qui produisons
plus qu’eux, et nos monnaies sont toujours dépendantes de leurs monnaies, par
conséquent nous devons les rattrapper aussi dans ce domaine et les dépasser ».
Et probablement beaucoup de Chinois doivent le penser.
Non Daniel ! Le
raisonnement sur l’évolution économique tant pour une nation, un groupe de
nations ou pour l’humanité entière ne se raisonne par des politiques pour ou contre,
mais s’analyse en prenant ces réalités nouvelles comme nécessaires, et entrant
comme des séquences de l’histoire. Et surtout voir où celles-ci mènent les
peuples.
Et ne pas voir
seulement la France, ou l’Allemagne, ou la Chine, etc., mais les voir ensemble
à la fois séparément et collectivement sur ce qui peut en ressortir à court,
moyen et long terme. Et c’est cela le plus intéressant. Moi aussi, à un certain
moment de mes analyses, je voyais, par exemple, l’Allemagne comme un pays qui
non seulement prenait les emplois des autres pays de la zone euro mais ne
faisait rien pour aider. Bien plus, elle enfonçait les autres pays de la zone surtout
ceux du Sud, dans la désolation, le chômage et la mal-vie.
Mais, à force de
réflexion, je ne pouvais me suffire de cette gratuité et égoïsme de l’Allemagne.
Et je me suis rendu compte que l’Allemagne n’échappe pas aux problèmes
sensibles auxquels fait face l’humanité. Et que sa politique est dictée précisément
par d’autres forces qui sont toujours là et divisent le monde. Et l’Allemagne elle-même
sait qu’il y a des nuages qui pèsent sur l’Europe et pas seulement l’Europe.
Enfin pour revenir « Ne votez plus pour vos ennemis ».
Regardez seulement ce qui s’est passé il y a quelques jours. La gauche en
France a perdu, la droite a gagné. Et pourtant ce qui changera, c’est
certainement le pouvoir en France qui doit prendre acte du vote-sanction des Français.
Et ce n’est pas avec des réformettes que la France pourra s’en sortir, et renouer
avec la croissance. Il faut que les politiques disent la vérité aux Français comme
vous le dîtes vous-même dans un certain sens. Plus d’égalité de chance entre
les Français, et la crise n’est pas seulement pour le peuple, mais pour tout le
monde.