Seuls les travailleurs et la population peuvent encore renverser la table pour se débarrasser du plan d’austérité voulu par la Troïka et par la bourgeoisie grecque qui a voté Oui...
Sortir de l’Euro et de l’UE, c’est ce que Panagiotis Sotiris dit indispensable, tout comme son parti, Antarsya...
« Philosophe
et membre du parti Antarsya, la gauche anticapitaliste grecque,
Panagiotis Sotiris défend l’idée d’une rupture avec la zone euro et
l’Union européenne.
- Ils ont dit « non ». Appelés le 5 juillet à se prononcer sur le plan d’aide proposé par les créanciers, les Grecs l’ont rejeté à plus de 61%.
- Et maintenant ? Dans certains pays de l’Union européenne, Allemagne en tête, l’hypothèse d’une sortie de la Grèce de la zone euro n’est plus taboue.
- Panagiotis Sotiris,
philosophe membre d’Antarsya, parti de gauche anticapitaliste grec, ne
voit lui aussi qu’une issue pour éviter l’humiliation : sortir de
l’euro.
L’Obs – Comment avez-vous accueilli la victoire du non ?
Panagiotis Sotiris
– C’est une immense expression de défiance face aux institutions
créancières de la Grèce. Mais ce référendum ne doit pas être seulement
un moment de dignité, il doit être le commencement de la rupture avec la
zone euro. Une rupture difficile mais nécessaire pour retrouver un
contrôle démocratique sur notre pays.
Le gouvernement grec doit
cesser de croire en une négociation imaginaire et un compromis
impossible. Il ne faut pas s’attendre à ce que l’Union européenne fasse
des concessions parce que le peuple grec a dit non. Tsipras a bien vu
pendant ces cinq mois qu’on ne peut pas négocier avec elle. Car ce
qu’elle veut, ce n’est pas seulement un remboursement – pourtant
impossible – de la dette, c’est changer le modèle économique et social
de la Grèce, l’« améliorer » dans le sens néolibéral. Pour éviter
l’humiliation de toute une société, je ne vois donc qu’une seule
solution : la sortie de l’euro.
Vous ne croyez pas à la possibilité de transformer la zone euro de l’intérieur ?
–
On peut imaginer une autre architecture de la zone euro, un
fonctionnement différent des banques centrales européennes, une
politique de redistribution qui corrigerait les inégalités régionales,
une pensée qui abandonnerait le dogme de l’austérité. Le problème, ce
n’est pas ce qu’on peut imaginer mais ce qu’on peut faire. Le
fonctionnement actuel des institutions européennes rend impossible de
tels changements.
Une unification monétaire nécessite une
unification politique avec la création d’un Etat qui rééquilibre les
disparités. Mais l’Union européenne n’est pas un Etat et ne peut donc
pas avoir une monnaie unique comme le montre le fonctionnement de la
zone euro, fondé sur le rôle prééminent de l’Allemagne. Voilà pourquoi
je pense qu’il est vain de vouloir la réformer. Mais même si on pense
que c’est possible, l’Union a besoin d’un choc pour changer. La sortie
de la Grèce de l’euro peut être ce choc.
La Grèce se sacrifierait ?
–
Non, car sortir de l’euro est sa seule chance de survie. Il est
impossible de renverser les conséquences de cinq années d’austérité sans
recouvrer notre souveraineté monétaire. C’est la seule voie pour
pouvoir appliquer une politique économique qui rompe avec l’orthodoxie
néolibérale des institutions et nous permette de sortir du cercle
vicieux de la dette.
Vers une réaction en chaîne ?
Le coût social et économique d’une sortie de l’euro risque pourtant d’être encore pire…
– Ce n’est pas une décision facile. Mais rester dans l’euro, c’est se résigner à accepter la récession
et la pauvreté. Il faut convaincre la population qu’un effort collectif
temporaire sera nécessaire pour aller vers un meilleur futur. Nous
sommes à un tournant de l’histoire. La crise a été un moment
cathartique. Elle nous a fait réfléchir à tout ce qu’on a fait pendant
des années. Car ce n’est pas seulement une question de monnaie. Il est
nécessaire de repenser ce qu’on appelle la croissance,
la production, la consommation. On doit réinventer des formes
d’industrie, réduire notre dépendance en matière d’importations, ne pas
tout miser sur le tourisme…
On va pouvoir expérimenter à partir
des expériences de la crise : toutes les formes de solidarité et de
réseaux parallèles sont des pistes pour organiser un nouveau modèle
productif et social. C’est faisable. Des économistes ont étudié ce
scénario de sortie de l’euro. Le passage par une monnaie parallèle
jusqu’à l’adoption complète d’une devise nationale, un nouveau taux de
change, une nationalisation du système bancaire… C’est un vaste
chantier. Mieux vaut donc que l’on prépare nous-mêmes notre sortie
plutôt que de se voir expulsés par les institutions européennes.
Mais la population dans son ensemble reste défavorable à une sortie de l’euro…
Les Grecs ont montré qu’ils avaient plus de courage que ce que l’on
pensait. Ils sont de plus en plus prêts à abandonner l’euro. Mais il est
vrai qu’on ne pourra éviter une confrontation avec une partie de la
société qui a profité du modèle européen. C’est d’ailleurs un des
problèmes de Tsipras : il cherche à satisfaire tout le monde, ce qui est
impossible.
La zone euro survivrait-elle à une sortie de la Grèce ?
– J’espère qu’un départ de la Grèce
serait suivi d’une réaction en chaîne. Car le problème de la dette et
de l’austérité se pose aussi ailleurs, en Espagne, en Italie, en France.
Ce serait le début du démantèlement de l’euro, et, avec lui, de l’Union européenne,
qui traverse déjà une crise profonde. Récupérer une souveraineté non
seulement nationale mais aussi populaire, c’est la seule voie possible
pour construire une Europe des solidarités. »
Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand