@ Fifi et Fergus, merci pour vos intéressantes remarques.
J’aurais peut-être dû donner des explications sur la
démocratie directe, en voici quelques-unes résumées.
Pour un Suisse la démocratie directe est une institution qu’il
comprend presque naturellement, puisque il est appelé à voter au moins 4 fois
par année non pas pour des élections mais pour accepter ou non des textes de
lois ou des modifications éventuelles de sa constitution.
Pour faire simple - la terminologie est compliquée et change
selon les pays - il faut bien distinguer entre initiative et référendum. Dans
le premier cas se pose la question de savoir qui prend ou peut prendre l’initiative de changer la loi ou la Constitution,
les élus et/ou le peuple ? Le second cas dérive de l’action de s’en référer au peuple, de lui demander son
avis et de lui donner l’occasion de voter.
Puisque l’on parle de démocratie directe il faut être clair,
tant le référendum que le peuple français a voté en 2005 pour la constitution
européenne, que le référendum grec du 5 juillet 2015, ne sont pas des
instruments types de démocratie directe. Ce sont des instruments de démocratie
parlementaire. En 2005 c’est Jacques
Chirac qui a décidé seul si le peuple pouvait ou non voter. Pour un Suisse il est
extrêmement choquant qu’une seule personne [ou le seul parlement ou les seuls partis
politiques] ait le pouvoir de décider seul si tout un peuple peut voter ou non.
En Suisse
toute modification de la constitution ou adhésion à une organisation
internationale [ex. UE] doit obligatoirement
être soumise au vote du peuple. De même, n’importe quel groupe de citoyen peut
décider de modifier en partie ou totalement la constitution ; s’il réunit
100’000 signatures de citoyens alors les autorités seront obligées de soumettre les modifications proposées au vote du peuple
qui lui décidera en dernier ressort.
C’est la raison pour laquelle nous ne
sommes pas dans l’Union européenne, parce qu’à chaque fois le peuple a dit non.
En théorie des citoyens pourraient proposer en Suisse de mettre une constitution
d’un tout autre régime, si le peuple l’accepte alors le changement de régime
sera légalement institué.
Les Suisses peuvent aussi directement
agir cette fois non sur la constitution mais sur les lois. Toute nouvelle loi ou modification d’une loi est soumise en
Suisse au référendum dit facultatif,
à chaque promulgation de loi les citoyens ont cent jours pour réunir les
signatures de 50’000 citoyens demandant que la loi ou sa modification soit soumise
au vote du peuple, il s’agit donc ici pour le peuple d’un véritable droit de
veto et de contrôle direct sur l’activité gouvernementale et parlementaire.
En
Suisse, les citoyens auraient par exemple pu s’opposer eux-mêmes et directement
à la vente des actifs étatiques comme le fait actuellement la Grèce, de mêmes
qu’à ses dépenses militaires exagérées qui ont été à la source de son colossal
endettement. Des droits politiques qui n’existent donc pas en Grèce ou en France.
Vous posez la question de la souveraineté, alors il est ici clair que c’est le peuple qui est le
souverain et nul autre, non pas l’Etat [qui ne tient sa souveraineté que par
délégation du peuple] pas plus comme en France que la nation [en Suisse la
nation n’est pas un concept juridique ou politique].
Je ne peux malheureusement m’étendre ici sur ces questions
qui relèvent de la théorie de l’Etat et de la souveraineté. Mais si ces
questions vous intéressent je vous invite à consulter mon essai « Suisse,
années 2015… Un Peuple Qui Disparaît » ou une très longue note est
consacrée à ces différences entre la France et la Suisse. Cet ouvrage
disponible sur amazon.fr [désolé d’en faire l’article ici] pourrait vous
intéresser à plus d’un titre, car même s’il parle principalement de ce qui se
passe en Suisse - l’attaque actuelle contre la souveraineté du peuple par l’internationalisation
du droit - il fait des comparaisons avec la France et devrait vous montrer
comment ce qui « reste » de la souveraineté des peuples est en train d’être
« supprimé » au niveau des processus
institutionnels et politiques internationaux.
Etant entendu que d’un point de vue
helvétique, le peuple français et allemand par exemple ne sont déjà plus des
peuples souverains, s’ils l’ont jamais été un jour. Et la raison en est
relativement simple, la souveraineté ne se partage pas, elle est indivisible. Elle
peut tout au plus déléguer les formes de son exercice comme par exemple la
puissance publique, à l’Etat. Un peuple qui ne peut s’opposer ou refuser les
actes de son gouvernement ou de son parlement est un peuple qui n’est plus souverain.
Ces questions sont particulièrement
expliquées et démontrées dans l’essai précité.
Quant à Mr Attali, à ma connaissance, je crois qu’il ne sait pas
tellement de quoi il parle lorsqu’il parle de démocratie directe.