cf.
"Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire :
Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le
vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de
meurtres, que de misères et d’horreurs n’eut point épargnés au genre
humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant un fossé, eût crié à
ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus,
si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à
personne. Mais il y a grande apparence, qu’alors les choses en étaient
déjà venues au point de ne pouvoir plus durer comme elles étaient ; car
cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui
n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans
l’esprit humain. Il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de
l’industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d’âge en
âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature".
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, seconde partie.