On n’en parle guère
dans les sous-médias occidentaux, mais c’est maintenant l’ensemble
de l’OTSC qui commence à s’impliquer en Syrie et Irak contre les
islamistes suscités par les occidentaux. Avec retard, mais l’urgence
devant la possible utilisation des islamistes sur leur territoire les
a décidés à passer à l’action :
Réseau Voltaire
| Damas (Syrie)
| 21 septembre 2015
Alors que la presse occidentale persiste à discuter
d’un possible soutien militaire russe au président Bachar el-Assad,
l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) a décidé de
lutter contre le terrorisme en Irak et en Syrie.
Il semble que les Occidentaux n’ont toujours pas compris les conséquences de leur politique.
Une question existentielle pour l’OTSC
Rappelons que l’OTSC est une alliance militaire classique de six
anciens États membres de l’Union soviétique : la Biélorussie, la Russie,
l’Arménie, le Tadjikistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan. À la
différence de l’Otan et du Pacte de Varsovie, dans lesquels les États
membres perdent leur souveraineté (au profit des États-Unis et du
Royaume-Uni dans l’Otan, de l’URSS dans le Pacte de Varsovie —ce qui
contrevient à la Charte des Nations unies—), les États membres de l’OTSC
conservent leur pleine souveraineté, ne placent pas leurs armées sous
le commandement de la principale puissance de leur alliance, et peuvent
se désolidariser à tout moment de cette alliance [1].
L’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ouzbékistan se sont ainsi retirés
librement de cette organisation pour se tourner vers le Guam [2] et l’Otan.
Depuis les années 80, —avant même que n’existent les États membres de
l’OTSC— les États-Unis et l’Otan déploient un système de missiles,
d’abord tourné contre l’URSS, aujourd’hui encerclant l’OTSC. Ces
missiles, censés détruire les missiles intercontinentaux adverses dans
leur phase de décollage, ne peuvent en réalité que détruire des aéronefs
évoluant à faible vitesse et en aucun cas les missiles hypersoniques
russes. Présentés par le Pentagone comme une arme défensive —ce qu’il
était peut-être à l’origine—, ce « bouclier anti-missiles » ne peut donc
avoir qu’un usage offensif. L’OTSC est le seul groupe d’États au monde à
être ainsi directement menacé par des missiles pointés sur lui à ses
frontières.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’URSS puis les États membres de
l’OTSC, assistent au recrutement des Frères musulmans par la CIA et à
l’emploi de certains de leurs membres ou ex-membres par les États-Unis
pour les déstabiliser [3].
Ainsi les hommes d’Oussama Ben Laden (formé par le frère de Sayyid
Qutb) et d’Ayman al-Zaouahiri (qui avait rejoint la Confrérie un an
avant l’arrestation et l’exécution de Sayyid Qutb) combattirent-ils
l’URSS en Afghanistan, puis la Russie en Yougoslavie et enfin sur son
propre territoire dans le Caucase [4].
En 2011, les États membres de l’OTSC ont assisté à une opération de
l’Otan, le « Printemps arabe », visant à renverser des régimes ennemis
aussi bien qu’amis au Moyen-Orient au profit des Frères musulmans
(Tunisie, Égypte, Libye, Syrie). Et depuis 2014, ils assistent au
triomphe de l’idéal des Frères musulmans avec la proclamation d’un
califat remettant en cause à la fois le droit international et les
droits de l’homme. Actuellement, ce califat a confié ses postes
d’officier majoritairement à des islamistes venus de l’ex-URSS, parfois
même de pays membres de l’OTSC.
Le 1er août, l’Ukraine et la Turquie (membre de l’Otan) ont annoncé
la création d’une « Brigade islamiste internationale », formée de
combattants d’Al-Qaïda et de Daesh, et stationnée à Kherson (Ukraine) [5]. Cette Brigade se propose de combattre la Russie en Crimée.
En d’autres termes, sauf à intervenir maintenant contre le
terrorisme, l’OTSC devra bientôt affronter à la fois un ennemi
extérieur, l’Otan et ses missiles, et un ennemi intérieur, les
islamistes initialement formés par l’Otan.
La réunion de l’OTSC à Douchanbé
Le 15 septembre, l’OTSC a tenu la réunion annuelle de ses chefs
d’État à Douchanbé (Tadjikistan). Comme je l’avais annoncé il y a un
mois [6],
le président russe, Vladimir Poutine, a présenté à ses collègues les
études réalisées par ses armées sur la possibilité de combattre dès à
présent le califat, avant qu’il n’entre massivement dans le territoire
de l’OTSC.
Le président Poutine était parvenu à convaincre préalablement ses
partenaires qu’il ne les engageait pas à soutenir les ambitions de la
Russie en Syrie, mais bien de répondre à une menace directement dirigée
contre l’OTSC.
En définitive, l’OTSC décida de se déployer en Irak et en Syrie pour
combattre l’ensemble des jihadistes, qu’ils se réclament ou qu’ils
soutiennent Daesh ou al-Qaïda. Cette opération est légale en droit
international car elle répond aux résolutions du Conseil de sécurité des
Nations unies relatives à la lutte contre le terrorisme. Elle prolonge
d’ailleurs l’opération, elle aussi légale, de la Coalition formée par
les États-Unis contre le seul Daesh.
Cependant, à la différence de cette Coalition, l’OTSC entretient de
bons rapports à la fois avec les gouvernements irakien et syrien ce qui
lui permet d’envisager une bien plus grande efficacité.
De manière à préparer l’intervention de l’OTSC, un couloir aérien a
été installé entre l’Organisation et la Syrie. Il devait au départ
passer au dessus des Balkans, mais les alliés des États-Unis s’y sont
opposés à l’exception de la Grèce. Ce couloir a donc été installé au
dessus de l’Iran et de l’Irak. En moins d’une semaine, de très
importantes quantités de matériel et plus de 2 000 hommes ont été
acheminés. Techniquement, l’OTSC dispose de la capacité de déployer
jusqu’à 50 000 hommes en moins de deux semaines.