@Pie 3,14
Je comprends (à peu près) ce que vous dites. Cependant, j’y vois. en filigrane, la marque pénible qui pourrit notre temps, celle de l’affrontement des malheurs, des problèmes : le tien est-il vraiment important, lorsque l’on voit celui du voisin, souvent lointain, dont on sait en réalité peu de chose et que l’on agite comme un épouvantail. Quand on voit le malheur à notre porte en effet, de quoi se plaint-on...
C’est en somme la question du verre que l’on verrait à moitié plein, alors qu’il me semble bientôt vide si nous ne défendons pas non les acquis – il faut absolument prétendre qu’on s’en moque si l’on veut survivre... mais très modestement des valeurs humanistes simples. Sur quoi les établir, comment les définir, et surtout, surtout, combien ça coûte. Rendu à cette question unique, propre comme jamais à notre « civilisation » financiarisée à l’intelligence fatiguée, les jeux (du cirque) semblent faits. Latin et grec ne seraient donc pas perdus à jamais ; cela me rassure un peu, peu en fait, pour les raisons du point de vue que je me suis permis de partager ici. Une année en classe latine a failli me tué, il y a 45 ans ; peut-être que je compte indûment sur le beau savoir des maîtres antiques ; qui les fera aimer, et comprendre leur actualité ?
C’est la question de la compassion : à quoi sert-elle, quelle est sa cote en bourse, à la baisse, ou faut-il investir ? Celle de l’incontinence sentimentale dans un monde particulièrement divers et, on s’en rend compte, ignoblement bas et violent aussi. Celle de la manière, pour les démunis (au sens large), de faire entendre leur voix, et agir la communauté de manière solidaire et réfléchie, avec une vision d’avenir plutôt qu’à trois mois et pour des intérêts particuliers. Je sais de quoi je parle, moi qui suis terrorisé par la crainte de perdre mes dents et ma voiture...