La cécité politique de Sartre n’est invisible qu’aux yeux de ceux qui ne veulent pas voir !
Ce monde ne tourne pas rond, en tout cas il semble atteint d’un Alzheimer généralisé…
On l’a vu, j’ai été méchamment interpellée, insultée, par deux lecteurs de mon article à cause de cette phrase : « Il paraît même que Sartre aurait signé avant la guerre un manifeste où l’on pouvait lire : « mieux vaut une France nazifiée qu’une France en guerre ».
J’ai répondu qu’au moment où j’ai rédigé mon texte, je n’avais pas eu le temps de vérifier moi-même cette information dont j’avais en mémoire diverses occurrences, d’où l’emploi du conditionnel.
C’est chose faite : il s’agit du manifeste « Refus de penser en choeur » lancé par Giono, paraphé par Alain, André Breton, Léon Émery, Victor Margueritte, Marcel Martinet, Simone Weil, ainsi que par plusieurs sévriennes et normaliens dont Sartre, pour protester contre un « enrôlement anticipé » et « ne pas accréditer à la légère la rumeur d’un danger extérieur imminent ».
Ce manifeste était une réponse à l’appel à l’« union nationale » publié le 20 mars 1938 - après l’Anschluss (11 mars 1938) - par le quotidien Ce soir, dirigé par Louis Aragon et Jean-Richard Bloch, et qu’ont signé Louis Aragon, André Chamson, Jean Guéhenno, André Malraux et Jules Romains au même titre que Georges Bernanos, Jacques Maritain, François Mauriac et Henry de Montherlant.
Giono le pacifiste se refusait à toute légitimation de la guerre, fût-elle antifasciste. Le comportement de ce grand écrivain pendant la guerre fait débat aussi depuis longtemps.
Pour ma part, j’adore les pacifistes… en temps de paix. Mais quand des nazis, des extrémistes haineux de tout bord, envahissent votre espace mental et vital, martyrisent et exterminent en masse des innocents à côté de vous, le pacifisme ça se discute. C’est quand même facile de dire à son voisin de nature plus défensive « moi je suis pacifiste, je ne veux pas combattre, alors si ça ne t’ennuie pas, va donc te faire zigouiller à ma place pour ma liberté et celles de mes proches, je te rendrai bien sûr hommage plus tard. »
La question des différents types d’engagement des intellectuels et des artistes en période de conflit armé, ou de leur immobilisme au motif de leur désir de poursuite de leur création, est un sujet passionnant.
Picasso, Matisse, Poulenc, Messiaen, firent plus ou moins comme si la guerre n’existait pas.
Des créateurs comme Jean Cocteau, Marcel Jouhandeau, Sacha Guitry, Gabrielle Chanel, ou des chanteurs, Edith Piaf, Maurice Chevalier, ont eu un comportement plus qu’ambigu sous l’Occupation. Ils ont frayé ouvertement avec des responsables nazis, souvent au prétexte que leur art était prioritaire et que l’important pour eux était de continuer à travailler (et à se montrer ! Ego, quand tu nous tiens…).
Edith Piaf avait même déclaré sa « béatitude » devant l’invasion nazie. Je n’ai jamais compris l’adulation dont cette pauvre petite femme a fait – et fait encore - l’objet.
Bien sûr, il y a une sacrée nuance entre ce laisser faire et la collaboration active d’un Serge Lifar ou d’un Alfred Cortot.
A contrario, Joséphine Baker, par exemple, fut une grande Résistante et s’est conduite d’une manière absolument remarquable pendant la guerre. Tout comme Jean Gabin qui a abandonné le tournage du film Remorques, de Jean Grémillon, pour s’engager dans la marine et les Forces françaises libres.
Je ne peux m’empêcher de saluer aussi René Char, homme et poète magnifique, qui avait décidé de ne rien publier sous l’Occupation et qui se battit les armes à la main.
A mon sens, l’œuvre d’art magistrale, la seule à préserver, à défendre, c’est le Vivant, et le but de la vie c’est de faire de soi-même une œuvre d’art.
Aucune création artistique ne peut justifier qu’on laisse assassiner des innocents sans rien faire, en tout cas que l’on fraye avec l’ennemi, avec l’oppresseur.
Si l’on n’agit pas, si l’on n’accorde pas ses dires et ses actes, au moins que ce soit dans la discrétion et surtout qu’on ait la décence de ne pas se proclamer, comme Sartre et d’autres Tarfuffes…, résistant ou engagé.