@Omar
Je vous invite a lire le texte de Salim Mansur, professeur a l’Université Western Canada.
Nous, musulmans, avons du travail à faire
Les Canadiens musulmans, comme les musulmans dans les sociétés
occidentales, se sentent de plus en plus assiégés depuis un certain
temps déjà, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de leur
communauté.
Ce sentiment d’isolement, d’être mal perçus et mal compris, va
inévitablement s’accentuer avec l’histoire de l’arrestation pour
terrorisme de 17 musulmans dans la région de Toronto.
Mais à qui la faute ? Permettez-nous, musulmans, d’être brutalement honnêtes.
Nous avons hérité d’une culture du déni, du refus trop fréquent de
reconnaître notre propre responsabilité dans le malaise généralisé qui
laisse la plupart des pays arabo-musulmans dans un état de délabrement
économique, politique et social.
Les statistiques et les rapports intergouvernementaux au cours des
dernières décennies ont documenté un écart, peut-être désormais
infranchissable, entre les pays musulmans et les démocraties
industrielles avancées de l’Occident.
Dans un récent « Index des États défaillants » publié dans la revue
Foreign Policy (mai / juin 2006), le Pakistan, par exemple, est classé
parmi les 10 premiers États défaillants dans le monde – avant
l’Afghanistan. Le Pakistan est un pays musulman, une puissance militaire
nucléaire, mais il peut à peine nourrir, habiller, éduquer et loger sa
population.
Les rapports sur les pays arabes sont un triste catalogue de
tyrannies bien ancrées, d’économies en déroute, de richesses dilapidées,
d’oppression des femmes, de persécution des minorités et de violence
endémique. Le régime iranien dirigé par le clergé convoite des armes
nucléaires et menace d’anéantir Israël, il réprime l’opposition interne
et recherche l’affrontement avec l’Occident.
Au lieu de reconnaître la réalité du monde arabo-musulman comme une
civilisation brisée, nous les musulmans avons tendance à nous complaire à
blâmer les autres pour nos maux, faisant dévier nos responsabilités
pour les échecs qui sont devenus des lieux de reproduction de la
violence et du terrorisme.
Beaucoup de nos intellectuels dans la vie publique et de nos
dirigeants religieux dans les mosquées sont des adeptes du double
langage, ils disent des choses en anglais ou en français, puis le
contraire en arabe, en ourdou ou en farsi.
Nous avons fait de l’hypocrisie un art, et avons tissé un écran de
mensonges pour nous-mêmes qui nous rend aveugles à la réalité du monde
qui nous entoure.
Nous bouillons de colère et de ressentiment contre l’Occident, alors
même que nous avons prospéré dans la liberté et la sécurité des
démocraties occidentales.
Nous avons inculqué à nos enfants une fausse fierté, et leur avons
donné un sens de l’histoire qui s’écroule sous l’œil de la critique
minutieuse. Nous leur avons transmis le fardeau de loyautés
conflictuelles – et maintenant certains d’entre eux sont devenus nos
cauchemars.
Nous prêchons la tolérance, mais nous sommes intolérants. Nous
exigeons l’inclusion, mais nous pratiquons la ségrégation des sexes,
l’exclusion des minorités et de ceux avec lesquels nous sommes en
désaccord.
Nous répétons sans cesse que l’islam est une religion de paix, mais
beaucoup d’entre nous affichent un comportement contraire à ce que nous
professons.
Nous persistons à nous convaincre nous-mêmes et à convaincre les
autres que les musulmans qui violent l’islam sont une infime minorité,
et pourtant nous ne parvenons pas à dénoncer cette minorité et à la
rendre publiquement imputable.
Un bol de lait se transforme en caillé avec une goutte de citron.
L’infime minorité que nous blâmons est la goutte de citron qui a caillé
et fait de notre islam une ruine. Pourtant, ceux d’entre nous qui
insistent encore contre toute évidence que notre religion nous
différencie des autres et nous met en quelque sorte dans une catégorie
supérieure, sont encore trop nombreux.
Nous insistons sur le fait que dans l’islam, la religion et la
politique sont inséparables. En conséquence, la politique domine notre
religion – et notre religion est devenue un paravent pour le tribalisme
et le nationalisme.
Nous citons régulièrement le coran, mais nous ne nous repentons pas
pour nos échecs comme le coran l’enseigne, en sollicitant le pardon de
ceux à qui nous avons fait du mal.
Nous musulmans sommes la source de notre propre misère, et nous ne
sommes pas incompris par les autres qui voient dans notre comportement
une menace pour leur paix