Ce n’est pas un hasard si les élèves ne veulent plus étudier le latin. Si je me réfère à mon expérience personnelle (qui remonte à un certain temps, c’est vrai...), je peux comprendre pourquoi. J’ai pris la décision d’arrêter le latin au lycée pour plusieurs raisons :
- On nous rabâchait que le latin était à l’origine de notre langue, c’est très bien de nous le dire en effet, mais on ne nous le montrait jamais de façon concrête : c’est bien aussi de nous faire réciter nos déclinaisons comme des perroquets, et nous mettre un zéro si on ne les sait pas, mais nous, on aurait préféré des cours d’étymologie, bref, que la langue latine soit enseignée en lien direct avec le Français. En aucun cas le cours de latin ne « remontait aux sources ». Nous n’avions pas l’intention de devenir prêtres et faire la messe en latin, et nous devions donc trouver une autre motivation pour apprendre cette langue.
Le latin, sorti de son contexte linguistique.
- L’enseignement de la langue latine était totalement coupé de l’enseignement de la culture, au sens où on n’avait pas de cours d’histoire sur la civilisation latine. On avait atteint un niveau nous permettant de déchiffrer et comprendre des textes complexes, mais ces textes étaient étudiés totalement sortis de leurs contextes historique et culturel, et nous, on aurait aimé, justement, les y replacer. On a bien eu quelques cours de mythologie en 6ème, qui ont passionné toute la classe sans exception, on entendait les mouches voler, mais ça s’est arrêté à la 6ème et tous les élèves ont été réellement déçus d’apprendre qu’il n’y en aurait plus en 5ème.
Le latin, sorti de son contexte historique et mythologique.
De nos jours, certaines personnes ne parlent même plus de « didactique » des langues, mais de « didactologie » des langues et des cultures. Ca devrait s’appliquer aussi au latin et au grec, et pas seulement aux langues vivantes.
- A part une seule prof de latin qui était géniale, qui avait l’air vraiment passionnée par son sujet, mais qui n’est restée qu’une année (on avait fait des progrès spectaculaires avec elle) les autres profs que j’ai eus avaient soit l’air de trouver le latin rasoir et de s’ennuyer en nous l’enseignant, soit étaient tellement durs avec nous, nous rabaissant et se mettant à hurler si on faisait une faute (oh mon Dieu, nous avions osé manquer de respect à la sainte langue latine...) que s’ils avaient voulu nous dégoûter de venir à leur cours, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Mine de rien, ça compte pour des ados. Lorsque nous nous sommes à nouveau retrouvés, l’année suivant le départ de cette prof, avec une prof acariâtre et parfaitement antipathique, j’ai pris la décisioin que ce serait ma dernière année.
Le latin est une langue morte qu’il faut enseigner de manière vivante.
En résumé, les profs nous ont bien affirmé qu’étudier le latin était utile, mais ils ne nous l’ont pas démontré de façon concrête. Il fallait d’abord qu’on étudie le latin, qu’on le parle presque courramment, et ensuite, seulement, c’était à nous de voir, à l’avenir, en quoi cette langue, enseignée par des profs qui l’avaient totalement sortie de son contexte et qui, en plus, nous en faisait baver, nous avait été utile, ou allait nous être utile un jour.
Je suis d’accord avec la majorité de votre article, Rosemar, sauf sur le concept d’utilitarisme : dire qu’une langue morte comme le latin est utile à apprendre PARCE QU’elle permet de comprendre d’où notre langue provient, c’est DEJA de l’utilitarisme.
Or, nos profs cherchaient JUSTEMENT à nous l’enseigner de façon non-utilitariste, ils voulaient que l’on soit heureux d’apprendre le latin juste pour le bonheur d’apprendre le latin. Autrement dit, ils nous affirmaient que c’était utile, mais tout leur enseignement de cette langue se faisait comme si nous ne devions pas nous préoccuper de cette utilité immédiate ou future. Totalement contradictoire.
Si, au contraire, ils avaient eu une approche utilitariste dans leur façon d’enseigner, alors ils auraient réussi à nous faire accrocher.
Le latin est une langue morte qu’il faut enseigner de manière vivante ET utilitariste.