Bonsoir rosemar
Vous connaissez mieux les élèves que moi puisque je ne suis pas prof, c’est donc difficile pour moi de parler au nom des élèves, parce qu’à part me souvenir de l’élève que j’étais moi même, il y a de fortes chances que je sois à côté de la plaque.
Ceci dit, beaucoup d’élèves prennent des cours du soir de ceci ou cela. Souvent, c’est imposé par les parents, qui veulent que leur enfant fasse du théâtre, du piano, ou autre activité. Le latin pourrait très bien être considéré comme l’une de ces activités extra scolaires après tout.
J’ai bien compris que le latin est utile, je le dis moi-même lorsque je dis que nous aurions préféré des cours d’étymologie. C’est extrêmement utile, le latin, pas pour trouver du boulot évidemment, mais pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, comprendre d’où nous venons.
Mais le problème, ce que je reproche, c’est que les profs de latin se contentent de DIRE que c’est utile, mais ne le démontrent jamais concrètement.
Vous voyez, même les autorités éducatives sacrifient le latin parce qu’ils croient que ce n’est pas utile. Et comme je le disais dans mon précédent com, vue la façon dont il est enseigné, ce n’est pas surprenant.
Certes, on ne le parlera jamais de nouveau dans notre quotidien... quoique... pourquoi ne pas créer des « clubs de latin » par exemple, où les élèves se rencontreraient une fois par semaine, vêtus de toges romaines, buvant du bon vin (bon, pas très politiquement correct, allez remplaçons le vin par du jus de raisin) et échangeraient en latin, à leur niveau, évidemment, mais je suis sûre que ce serait tordant à faire.
La prof dont j’ai parlé plus haut, elle nous demandait par exemple de raconter nos vacances en latin. Comment expliquer en latin qu’on a pris le train ou la voiture ? Alors on disait « le char à roues » ou un truc comme ça, et toute la classe était pliée de rire. Je vous assure qu’on s’est super éclatés à son cours.
Il y aurait aussi une autre façon d’encourager les gamins à faire du latin, selon moi, c’est inclure l’étymologie dans les cours de français eux-mêmes. Ne jamais faire de français sans le lier à l’étymologie. Je ne sais pas ce que valent mes idées de non-prof, mais après tout, tout le monde a droit de proposer des idées.
Autre chose, tant que le latin sera présenté comme une matière élitiste, une matière difficile, les gamins ne seront pas motivés.
Maitenant, c’est vrai que nous vivons dans une société de la rentabilité, alors du coup l’école s’adapte au monde qui attend le jeune lorsqu’il sera sorti de l’école. C’est sûrement dommage, mais c’est parfaitement normal, et inévitable. Si l’école ne faisait pas cela, on aurait le culot de trouver à le lui reprocher.
L’école s’adapte aussi lorsqu’elle propose aux jeunes de faire moins de matières académiques, et d’entrer en apprentissage. Quoi de plus utilitariste que l’apprentissage ? On vous forme directement à ce à quoi vous allez être rentable. Oui, en effet, et je ne vois pas le problème.
L’apprentissage est encore méprisé dans la France d’aujourd’hui, et je trouve ça vraiment idiot, excusez le terme. On ne valorise que l’intellectuel dans ce pays. Or, si un pays veut également s’en sortir d’un point de vue économique (excusez moi, mais à part vivre dans sa bulle ou dans un monde de rêves, on ne peut nier que l’économie est un sujet important), il ne peut pas produire que des penseurs et des philosophes, à moins d’avoir les moyens de payer tout le monde à penser et philosopher et ne rien faire d’autre. Il faut aussi savoir garder un minimum les pieds sur terre.
C’est exactement pour cette raison que la langue française perd constamment du terrain dans le monde. Les anciens pays de l’Indochine ne le parlent pratiquement plus.
D’ailleurs, il n’y a jamais d’émissions sur ces pays d’Asie autrefois francophones sur TV5 Monde. Il y a le journal de l’Afrique, du Québec évidemment (seul vrai défenseur de la langue française), il y a des émissions sur les pays du Maghreb (Maghreb Orient Express par exemple), il y a Wari sur le développement économique de l’Afrique... Où est la Francophonie en ex-Indochine ?
Les gens veulent se développer économiquement, s’intégrer dans le monde d’aujourd’hui où tout va très vite, et le Français ne leur offre pas cette ouverture. C’est la langue de la culture, des belles lettres, des philosophes des lumières... c’est super, et c’est tout aussi super d’être fier de son passé, mais pour quelqu’un qui cherche à contribuer à développer son pays du point de vue économique, à vivre dans le présent et envisager l’avenir de façon positive, ça n’aide pas. On peut le déplorer, et moi aussi je le déplore, mais c’est comme ça.
J’aime les débats d’idées qui ont lieu en permanence en France, mais j’ai toujours l’impression qu’au bout du compte, ces débats ne mènent jamais nulle part. Ce ne sont que des enguelades, des gens qui n’écoutent pas l’autre et ne font jamais évoluer leur opinion au contact de l’opinion des autres, et quand l’émission est terminée, chacun rentre chez soi et rien de concret n’a été proposé, rien n’a avancé. C’est toujours comme ça.
J’ai l’air de m’éloigner du sujet de votre article, mais en fait pas tant que ça.
J’ai l’impression que la France passe son temps à vouloir refaire le monde, à inventer de nouvelles utopies, à philosopher, à penser... et en oublie d’attraper le train en marche... Enormément de paroles, et très peu d’actions.
Je crois que beaucoup de Français ont oublié qu’il faut s’adapter au monde, parce que le monde est en constante mutation. Ils veulent beaucoup trop vivre dans le passé, ou plutôt vivre « de leur passé ».
Donc, enseigner le latin, oui, entièrement d’accord, mais l’enseigner de façon à ce que l’élève voie, de façon concrète et immédiate, son utilité, les liens que cette langue entretient avec le reste de l’enseignement qu’il reçoit. Je crois que c’est ce que vous appelez, vous les enseignants, l’enseignement interdisciplinaire ?
Je dis toujours que j’ai commencé à m’intéresser vraiment aux maths et comprendre pourquoi je les avais si longtemps étudiés en classe le jour où j’ai utilisé le théorème de Pythagore pour construire un meuble de cuisine. Je devais couper une planche selon un certain angle, et, tout à coup, j’ai vu comme une illumination le triangle apparaître dans ma tête.
Pourquoi on ne nous faisait pas couper des planches selon le théorème de Pythagore, en classe ?
Toujours cette culture française de vouloir toujours rester dans l’abstrait, dans le monde des idées, et de répugner, par mépris, à « redescendre sur Terre » et présenter l’enseignement de façon concrète.