@Allexandre Il y a 10 ans, j’ai concocté cet article pour des antisémites de votre espèce :
PSYCHANALYSE de l’Antisémitisme
Les psychanalystes se sont toujours intéressés à la question
des mythes, et Freud le premier. Voici ce qu’il en dit dans La création
littéraire et le rêve éveillé : « il est fort vraisemblable que
les mythes sont les résidus déformés des désirs fantasmés de nations entières
et qu’ils correspondent aux rêves séculaires de la jeune humanité. »
Il s’agit donc de mélange de paroles collectives et
personnelles au sujet qui sont présentes, à leur insu et refoulées par
l’individu lui même. L’expression, la forme de l’antisémitisme peut changer,
mais le fond reste toujours le même, permanent. L’antisémitisme, comme tout
mythe, nécessite le même traitement que l’inconscient, en ce qui concerne le
repérage, et la façon d’y répondre.
On reproche souvent aux Juifs de se présenter comme le
peuple élu. Or une étude très sérieuse tendrait à prouver l’inverse. C’est
plutôt le peuple juif qui a élu Dieu comme Unique. Il est le premier peuple
monothéiste et ceci en fait une spécificité. Il élit le Un. Ici aussi comme
l’exception qui institue un ordre humain. Il le place à l’origine de la
création.
On y retrouvera sans ambiguïté toutes les images de la saga
antisémite du Juif, c’est à dire le Juif tout-puissant, dominateur, tissant sa
toile sur l’univers entier dans un complot mondial,
Le Juif libidineux, obscène, dégoûtant, maquereau. Le Juif
radin, fourbe, manipulateur, intéressé. Le Juif lâche, vermine, sous-homme,
etc.
Nous pouvons donc conclure que l’antisémitisme existe chez
tout individu, sous forme de trace mnésique, c’est-à-dire de traces de mémoire
transgénérationnelle, innée, inconsciente, enrichie des aléas de l’histoire
singulière inconsciente de chacun. Il s’agit donc d’un symptôme universel. D’un
symptôme de l’humanité. Et ceci sans doute en explique la permanence.
Si la ségrégation est conséquence du racisme, de
l’antisémitisme, de l’homophobie, de l’oppression des femmes, etc., leur
origine inconsciente est différente, leurs conséquences et leur traitement
aussi.
Une autre constatation s’impose : de la nature innée,
transgénérationnelle, an-historique, et inconsciente du mythe, découle que
l’antisémitisme existe chez tout un chacun à son insu. Bien sûr il existe des
personnes qui s’affirment effrontément antisémites, mais ce que nous voulons
faire ressortir, c’est que cette particularité fait qu’il en existe des
éléments chez tout un chacun, sans qu’il ne le sache, dans les recoins de son
inconscient.
Puisque, aussi bien, tout un chacun possède un inconscient,
les manifestations antisémites sont contagieuses. Cet aspect contagieux traduit
le fait que l’antisémitisme obéit à la psychologie des foules. Ce qui est
latent, quiescent, inconscient chez tout un chacun, vient à pouvoir se
manifester à cause des phénomènes de foule, et la violence, survenir alors.
Ainsi donc, si l’antisémitisme est un phénomène permanent,
universel, lié à la trace mnésique, la trace de mémoire oubliée de l’origine de
l’humanité, il est présent sous formes de traces chez tout un chacun et il y a
peu de chance de le voir éradiqué. Certains ont pu penser qu’après la Shoah, ce ne serait
« plus jamais ça ». La culpabilité et la honte de l’occident ont été
tellement fortes au sortir de la guerre, que certains ont pu le croire. Il n’en
n’est rien. Aujourd’hui cette culpabilité est en passe de disparaître et
commence à agacer.
L’antisémitisme s’exprime à nouveau. Le fond est toujours le
même, le mode d’expression varie selon les circonstances sociopolitiques. Il ne
cherche que tel ou tel événement pour s’exprimer.
C’est à croire que le Juif, on le surveille. On l’« a à
l’œil ». Le Juif on a une passion pour lui.
Il importe en tout premier lieu de le repérer et de le
faire reconnaître : Outre les cas où il est patent, affirmé et
manifeste, il est peut-être difficile de le repérer, soit que les personnes
s’en cachent, soit comme nous l’avons vu, que le sujet lui-même l’ignore, car
il agit à son insu dans son inconscient et il le dénie.
On accuse souvent les Juifs de voir de l’antisémitisme
partout. D’être en somme parano sur cette question. Peut-être qu’il y a des
paranos de la chose. Mais le plus souvent, ils ont un sens aigu du repérage lié
au fait que, comme il est vital pour eux de le reconnaître avant qu’il ne soit
trop tard, ils ont développé une hyperacousie à ce sujet. Ils savent décrypter
les détails, repérer les petits signes qui ne trompent pas, jusque et y compris
les manifestations inconscientes.
Il n’en reste pas moins qu’une énigme demeure. Comment se
fait-il que ce peuple que l’on veut détruire depuis plusieurs millénaires,
malgré tous les pogroms, la
Shoah, les persécutions massives, ce peuple existe
toujours ? En petit nombre certes, mais toujours. Des civilisations ont
disparus, des peuples entiers ont été exterminés. Des Juifs, il y en a
toujours. Comme si, malgré la haine destructrice à leur égard, il fallait
toujours en laisser quelques-uns, pour s’assurer qu’il y a toujours de l’Humain.
C’est ainsi qu’on comprend ce que dit Freud, quand il définit le peuple juif
comme « un peuple fossile ».
Ainsi le Christ souffrant, synthèse de ces représentations,
descendant de David des Evangiles, va s’associer dans l’inconscient formé par
la culture chrétienne à « l’enfant-palestinien-martyr » tandis que le David
opposé à Goliath devient cet enfant affrontant avec des pierres le soldat juif
surarmé.
Les facteurs psychologiques qui nous paraissent prédominer
là sont le narcissisme, l’incertitude identitaire, dans un mouvement de rupture
avec la filiation, les origines et la transmission, bien entendu en interaction
avec une impasse quant au complexe de castration et au complexe d’Œdipe, et
comme l’identification à l’ennemi et le masochisme qu’elle comporte. C’est
alors le Juif, et paradoxalement le Juif seul, qui se voit alors exposé au
double reproche de communautarisme et d’être relativement réfractaire au
métissage, par les extrêmes-gauches, les pseudo-écologistes et autres
altermondialistes, de plus unis par la fascination apparemment paradoxale
devant la violence et éventuellement la tyrannie, bref par leur sado-masochisme,
dans l’acceptation passive ou active de l’avenir que laisse entrevoir la percée
de l’islamisme en Europe.
On s’interroge sur ce qui peut être ce trait psychique qui
consiste précisément à savoir qu’on soutien une position qui n’est pas vraie
ou, en tout cas, qui n’est pas réelle (ce qui n’est pas tout à fait la même
chose, qui peut être vraie mais pas réelle) en même temps qu’entre personnes du
même clan ou de la même « famille » on va soutenir le contraire,
même sous une forme allusive.
Au fond de tout antisémite, il y aurait comme une espèce de
marranisme, c’est-à-dire une religion de façade dont on pratique les rites,
mais auxquels on ne croit profondément pas mais qui viendrait recouvrir une foi
profonde mais dont le rituel ne s’exprimerait qu’à l’occasion par exemple
d’actes antisémites et de pogromes qui en témoigneraient.
Ce qui est embarrassant et peut-être plus insidieux que ça
n’en n’a l’air, c’est que nous avons choisi d’avoir affaire à des gens qui ont
comme Dieu un juif et que, tant que leur Dieu, c’est-à-dire ce qu’ils
idéalisent au plus haut point, sera un juif, nous aurons les emmerdements. Les
psychanalystes sont bien placés pour savoir que toute idéalisation se fait sur
fond de haine, et un déni de haine.
à suivre...