@velosolex
Quand je dis « Les susceptibilités plus ou moins inventées changent. Les gens vous montrent leur cul sans vergogne, mais font la gueule quand vous intéressez à leur binette » je fais référence surtout à Facebook, à cette capacité à perdre toute pudeur, toute intimité, de se mettre totalement à poils en haut de l’estrade, en interpellant le chaland....
Alors cette nouvelle exigence hystérique, à propos d’une image de rue, d’un petit cliché dérobé à la beauté, à la surprise, à une situation où la personne ne sera de toute façon qu’un figurant, elle me semble de la même obédience que le fait des maris qui imposent à leur femme un tchador, un masque mortuaire dés qu’ils sortent de leurs quatre murs. Serait ce un crime que de s’étonner encore du monde, de vouloir le mettre dans un cadre, alors qu’un abruti qui vous balance son poing dans la gueule, sera à peine repris sur cette « incivilité »...
Bon, c’est vrai que le problème existe de moins en moins, les photographes d’occasion semblant de moins intéressé par le monde, de plus en plus par eux mêmes, dans ces selfis grotesques. Voilà des gens qui en disent beaucoup sur notre époque. Le numérique a changé la donne. On peut photographier sans compter. Mais une mitrailleuse ne sert pas à grand chose dans les mains d’un aveugle. Voilà que j’’en parle comme une arme, ce qu’il est tout de même un peu : On peut se protéger du monde, avec un appareil photo autour du cou. Il vous donne un regard et une force incroyable. C’est ce que disent beaucoup de photographes de guerre. Cet objet les transcende, les tire derrière lui. Et petit à petit recompose leur regard, au point de les faire entrer dans la chambre noire.