Là où un peuple s’épanouit, où la nature déploie sa
créativité et ne se retourne pas en esprit contre elle-même (car derrière
chaque psychanalyse se trouve la racine difficile à exhumer du « mépris
moral de soi »), c’est là qu’est le miracle, le naturel.
Mal né ou mal protégé, c’est la culpabilité de tes pères qui
pèse sur toi, ou celle de l’étranger ou la tienne propre, n’essaie pas
d’atténuer, d’embellir ou d’élever les choses. Sois ce que tu as toujours été
et, en toi-même, accomplis le meilleur possible. Mais n’oublies pas que dès
demain toi et tout cet univers périront et que tout redeviendra autrement. Tu
charries un lourd héritage, eh bien soit ! Débarrasses-t’en. Tes enfants
te feront grâce de n’être point l’enfant de tes parents. Ne gruges pas ton
destin. Aimes-le. Suis le destin. Quand bien même il te guiderait vers la mort.
En toute tranquillité ! A travers toutes les souffrances de notre moi
humain tu finiras par aboutir au firmament de ton être même. Aboutir en ton
peuple éternel.
L’âme humaine prie, aime, croit, rêve, construit…en raison
de je ne sais quelle banale et commune sorte de « refoulement », de
« compensation », de « surcompensation », de
« sublimation » de « besoin d’équilibre » et de
« réaction à un état de manque ».
Le langage tue trois personnes : celle qui rapporte
la rumeur, celle qui l’écoute et celle qui la répète. D’où l’ambition de
réparer le monde, mission universelle, pour le bien de tous. D’où l’idée que la
nature ne mérite pas un respect absolu, car il faut lui préférer les œuvres
humaines.
Pour le judaïsme, le scandale n’est pas la richesse, mais la
pauvreté. Certes, la richesse est une bénédiction si elle est le résultat d’une
création. Mais elle devient un scandale si elle est acquise en exploitant ou en
humiliant les pauvres ; et la pratique religieuse elle-même est le pire
des péchés si elle n’est pas l’expression d’une foi sincère.
Autrement dit, pour toute personne, juive ou non, le plus
important n’est pas ce qu’elle reçoit, mais ce qu’elle transmet. Le jugement
coulera comme de l’eau, et la justice comme un torrent intarissable. L’âme
possède cinq dimensions (esprit, souffle, âme, vie, union) qui se réincarnent
séparément.
On y découvre d’abord la fringale de découvrir et la joie
d’apprendre : fort peu d’autres commentaires religieux, dans toutes les
religions, font ainsi une apologie aussi jubilatoire des ponts entre les
savoirs, des analogies, et des invariants. Cet autre résumé du judaïsme :
« Pour exister, le monde a besoin de la loi, de la pratique et de la
justice. »
Rien veut dire, que l’on n’est plus rien quand les
pulsions dominent. Imbécile signifie que, quand le cœur domine
l’intelligence, l’homme devient bête. Parce que la vie doit être vécue dans sa
plénitude. Il faut être heureux pour rendre heureux, il faut rendre heureux
pour être heureux.
Le Judaïsme est une façon de penser : Comme les
Upanishad, comme les récits cosmogoniques des Amérindiens, comme la mythologie
grecque et bien d’autres textes sacrés, le judaïsme est d’abord une mise en
question de la condition humaine, une interrogation sur la nature du temps, de
la matière, de l’esprit, et sur les conditions de la création de l’Univers.
Mais à la différence de beaucoup d’autres cosmogonies, il
n’est pas un dogme : il est une interrogation, non une réponse. D’où
l’obsession juive de douter, de ne jamais se contenter d’une affirmation, même
du plus lettrés des rabbis ; de toujours discuter, fût-ce avec Dieu ;
de refuser de ne lire la Bible
qu’au premier degré, mais d’y chercher sans cesse des messages secrets. Avec,
chaque fois, une réponse derrière toute question, une question derrière toute
réponse. D’ailleurs, dans le Talmud, personne n’a jamais le dernier mot ;
toute question reste ouverte et renvoie à une autre, à l’infini, sans qu’aucune
interprétation ne l’emporte jamais sur les autres.
Le judaïsme participe à la mise au point de la méthode
scientifique, il rejoint la pratique du chercheur scientifique qui recherche
l’abstraction derrière l’expérience. D’où la relation naturelle, dans le
judaïsme, entre la réflexion philosophique et le doute scientifique, entre la
métaphore et la vérité, entre la foi et la raison.
Le judaïsme est histoire, d’abord mythologique :
le judaïsme ne se réduit donc pas à une foi. Bien des juifs sont d’ailleurs
devenus athées sans cesser pour autant d’être profondément juifs. Même si le
judaïsme commence par l’histoire du rapport batailleur d’un peuple avec son
dieu.
Chagrin : parce qu’aucun mot n’est à la mesure de son
chagrin. Aaron, par son silence, explique enfin qu’il n’est pas à notre portée
de comprendre les chagrins indicibles et les malheurs injustes ; il fait
comprendre que le chagrin est consubstantiel à la nature et à l’amour
humain ; qu’aimer un être précaire, c’est se condamner à souffrir un jour,
en silence, de la perte de l’aimé. Rien de plus révolutionnaire que ce silence.
Le silence est le cri le plus puissant du monde ( rabbi de Guer). Le comble de
la bêtise, c’est de parler quand on n’a rien à dire. Le comble de
l’intelligence, c’est de se taire quand on a quelque chose à dire.(rabbi Zeev
de Strikov).