Pour ceux qui n’ont jamais la curiosité de lire autre chose que la
propagande Internet et de s’interroger sur ce qui les détermine à penser ce qu’ils pensent, je recopie ci dessous deux paragraphes d’un récent bouquin du sociologue Pierre-André Taguieff « Une
France antijuive ? Regards sur la nouvelle configuration
judéophobe.
CNRS Editions, pages 25 et 26
Se manifestant sur les registre de la dénonciation d’Israël et
des « sionistes », ces attitudes et ces conduites
antijuives s’accompagnent régulièrement d’un déni formulé avec
indignation, feinte ou sincère, par ceux qui les exhibent
publiquement. C’est l’une des nouveautés de la situation :
alors que les antijuifs traditionnels se déclaraient eux-mêmes
« antijuifs » ou « antisémites », les
antijuifs contemporains, en France du moins, se présentent comme des
citoyens scandalisés par le « communautarisme juif », la
« puissance du lobby juif » ou « le racisme de
l’Etat d’Israël » et, bien sûr, les « crimes
sionistes » (comme en témoigne le slogan « Sionistes
assassins ! ".
Pour stigmatiser les Juifs, les nouveaux antijuifs peuvent
ainsi revendiquer une noble position républicaine, résolument
anti-communautariste, se transfigurer en antiracistes intransigeants
ou se donner simplement pour des âmes sensibles et compatissantées
touchées par les « souffrances du peuple palestinien ».
Dans tous les cas, l’engagement en faveur de la « cause
palestinienne », par ses ambiguïtés, voire ses équivoques
habilement entretenues et exploitées, apparaît comme le principal
moteur de la nouvelle judéophobie qui, dès les lendemains de la guerrre
des six jours (début juin 1967) à ceux de la deuxième Intifada
(commencée fin septembre 2000) , s’est lentement configurée sur la
base d’une islamisation croissante de la guerre contre Israël et le
« sionisme ». Cette islamisation de la judéophobie a des
origines lointaines : l’appel au jihad contre les « sionistes »,
lancé dès la fin des années 1920 par Hassan al-Banna (1906-1949),
le co-fondateurs des Frères musulmans en 1928, autant que par Haj
Amin al-Husseini (1895-1974), le « Grand mufti » de
Jérusalem, puis la théorisation du jihad contre les Juifs par
l’idéologue fondamentaliste égyptien Sayyid Qutb (1906-1966) dans
les années 1950 et la première moitié des années 1960. Dans son
libelle intitulé Notre combat contre les Juifs,
publié au début des années 1950 et devenu un texte de référence
pour la plupart des mouvements islamistes, Sayiid Qutb suppose qu’il y
a une « conspiration judéo-chrétienne contre l’islam et
dénonce les Juifs comme des être intrinsèquement pervers, haineux
et criminel : « Le Coran a beaucoup parlé des Juifs et a
mis en évidence leur méchanceté. Partout où les Juifs ont demeuré
ils ont commis des abominations sans précédent. De la part de
telles créatures, qui tuent, massacrent et diffament les prophètes,
on ne peut attendre que des bains de sang et toutes les méthodes
répugnantes par lesquelles ils accomplissent leurs machinations ».
Mon commentaire :
Beaucoup
se reconnaîtront sans peine en lisant ces lignes, qui ne savent
évidemment pas pourquoi ils pensent ce qu’ils croient penser, et que
cela provient de la littérature d’un Sayyed Qutb que Nasser fit
pendre en 1966 parce qu’il le considérait, non sans raison, comme un
obscurantiste dangereux. A lire la longue citation qui termine
l’extrait, on pourrait se demander si Qutb ne décrit pas la mentalité
des auteurs des récents attentats en France, en Allemagne ou à
Jérusalem. mais non : Qutb est en paradis, parmi les ruisseaux
et les houris depuis déjà un demi-siècle, et ces attentats, par ailleurs, ont été
commis par des gens tout à fait pacifiques, se réclamant, eux, d’une religion d’amour
et de paix.