M. Meilland, vous tenez des propos d’autiste.
« Les propos de Sarkozy ont plus d’impact que les actes de Fofana, c’est en cela qu’ils sont plus dangereux. » Ça reste à prouver. Le crime sordide et raciste du gang des barbares a peut-être secoué davantage en profondeur certaines couches de la société française que votre « analyse » le laisserait supposer. Les propos de Sarkozy, tout le monde sait bien qu’ils sont à usage électoraliste. Il fait son boulot d’homme politique. Je ne partage ni son idéologie d’ultra-libérale, ni ses tendances ultra-sécuritaires, ni ses méthodes ultra-coups de-gueule. Mais je comprends parfaitement que, dans son camp, certains aient besoin d’entendre un tel discours. Il pense que c’est sa mission et qu’il touche ainsi une part importante de son électorat. Peut-on lui reprocher ? C’est à peu près de la même veine qu’Arlette qui s’efforce depuis 30 ans de rameuter les « travailleurs » et les « travailleuses » sans s’être rendu compte que des travailleurs et des travailleuses, ben, il y en avait de moins en moins. Alors on écoute la musique, mais les paroles, on s’en fout...
Notre société est traversée par des lignes de clivages de plus en plus marquées. Refuser de le voir, c’est se bâtir une idéologie de la complaisance et couper davantage la société des réalités difficiles dans lesquelles elle se débat.
Quand les Français disent aux hommes politiques « attention ! Là il y a un problème » la réponse la plus intelligente n’est pas : « mais non, mais non, rentrez chez vous. Vous verrez que tout ira bien. » Mais c’est pourtant ce qu’ils entendent depuis près de vingt ans. On parle de fossé entre le citoyen et l’homme politique, mais il ne commencera à se réduire qu’à l’instant où une bonne partie de la classe médiatico-politique cessera de fustiger les gens sur leurs soi-disant mauvais penchants.
L’immigration devient un sujet de société au Danemark, en Hollande, en Espagne, bientôt en Italie, sans parler de l’Allemagne régulièrement salie par des crimes d’honneur perpétrés par quelques familles d’origine turque. La Suisse aussi se pose des questions, pourtant elle avait tout fait pour s’en protéger.
Peut-on, par idéologie, cantonner la France hors de ce débat ?
Les problèmes d’immigration, la France les a connus bien avant les autres nations européennes, et à la lecture de ce que s’est passé chez nous ces dernières années, on pourrait dire que la société a plutôt assez bien réagi. Le vote anti-Le Pen du 28 avril 2002 est là pour en témoigner. On peut même penser que les Français ont fait preuve d’une assez belle patience. Il n’est pas sûr que les Andalous du côté de Malaga ou que les Sicilens d’Agrigente (pas les passeurs bien sûr) auraient attendu aussi longtemps. Quant aux Berlusconiens de la Ligue Lombarde, n’en parlons pas.
Si nos hommes politiques avaient eu un peu plus de courage et de lucidité depuis une bonne quinzaine d’années, on peut légitimement penser que nous ne sentirions pas aujourd’hui l’urgence de sortir d’une situation chaque jour plus lourde de menaces.
M. Meilland. Continuez à vous rêver en défenseur des faibles et des opprimés. C’est un beau costume. Ça vous permet aussi de vous endormir peinard. Dormez, bien M. Meilland, et pour bercer vos rêves, dites vous avant de vous endormir que certains de ces faibles et de c es opprimés que, par votre discours lénifiant, vous déresponsabilisez, vont gagner durant votre sommeil de quelques heures ce qu’un pauvre travailleur d’Arlette met plus de six mois à toucher.
Patrick Adam