Les arguments « légaux » donnés ici par le monarque pour justifier la répression sont facilement démontables tant ils sont peu sérieux... C’est ce que fait ici Alfred de Zayas, nommé en 2012 Premier Expert
Indépendant pour la promotion d’un ordre international démocratique
et équitable par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et professeur de Droit international à l’Université de Genève.
« Je
déplore la décision du gouvernement espagnol de suspendre
l’autonomie catalane. Cette action constitue une violation de la
protection des droits de l’homme, incompatible avec les articles 1,
19, 25 et 27 du pacte international relatif aux droits civils et
politiques. Conformément
à l’article 10, paragraphe 2, et à l’article 96 de la Constitution
espagnole, les traités internationaux constituent la loi du pays et,
par conséquent, la loi espagnole doit être interprétée
conformément aux traités internationaux.
Refuser à un
peuple le droit de s’exprimer sur la question de l’autodétermination,
en refusant la légalité d’un référendum, en recourant à la force
pour empêcher sa tenue et en annulant l’autonomie
limitée d’un peuple par la répression constitue une violation de
Article 1 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels. Respecter l’aspiration des peuples à
l’autodétermination en temps opportun est une mesure importante de
prévention des conflits, comme en témoignent les innombrables
guerres qui se sont produites depuis 1945, qui ont trouvé leur
origine dans le refus d’accorder le droit à l’autodétermination. Le dialogue et la
négociation politique devraient être encouragés pour prévenir la
violence.
Le gouvernement espagnol semble invoquer le principe
de l’intégrité territoriale pour justifier ses tentatives pour
faire taire la dissidence politique et les aspirations à
l’autodétermination. Le principe de l’intégrité territoriale est
important, comme l’affirment de nombreuses résolutions de l’ONU, y
compris les résolutions 2625 et 3314 de l’Assemblée générale, qui
prévoient d’interdire les menaces extérieures ou les incursions
étrangères contre l’intégrité territoriale des États souverains.
Ce principe ne peut cependant être invoqué pour éteindre le droit
de toute personne, garanti par l’article 1 des pactes internationaux
relatifs aux droits de l’homme, d’exprimer son désir de contrôler
son avenir. Le droit à l’autodétermination est un droit des
peuples et non une prérogative des États de l’accorder ou de la
refuser. En cas de conflit entre le principe de l’intégrité
territoriale et le droit à l’autodétermination, c’est ce dernier
qui prévaut.
Le droit international à
l’autodétermination a également progressé bien au-delà de la
simple décolonisation. Appliquant les 15 critères énoncés dans
mon rapport de 2014 (par. 63-77 à 63-77), il est évident qu’aucun
État ne peut utiliser le principe de l’intégrité territoriale pour
refuser le droit à l’autodétermination et que les arguments
concernant la légalité des mesures prises par le Parlement élu de
Catalogne est immatériel. Ces arguments n’annulent pas le caractère
de L’AUTODÉTERMINATION DU JUS COGENS. (Le jus cogens du latin droit contraignant,
souvent traduit par norme impérative concerne des principes de droits
réputés universels et supérieurs et devant constituer les bases des
normes impératives de droit international général.)
La seule solution
démocratique à l’impasse actuelle consiste à suspendre les mesures
répressives et à organiser un référendum afin de déterminer les
véritables souhaits de la population concernée... »