Votre raisonnement se tient. Sauf
que :
1) Ce qui s’est passé entre
l’Occident et les pays émergents a été un « processus historique
naturel ». L’Occident devenu trop riche et en même temps une main
d’œuvre trop chère ne pouvait pas
rivaliser avec une production des Émergents qui disposaient d’une main d’œuvre peu
coûteuse. Le savoir-faire précédemment détenu par l’Occident a émigré vers ces
pays y compris une partie de l’industrie occidentale. Pour celle-ci, il était
plus rentable de délocaliser et profiter du partage des bénéfices que de fermer
et démanteler l’infrastructure.
2) Il n’y a pas eu d’abandon, mais
une nécessité économique pour les deux. Sans l’Occident, les pays émergents
n’auraient pu se développer, et sans les pays émergents, l’Occident n’aurait pu
produire massivement, il aurait fermé une grande partie des usines. C’est ce
qui s’est passé dans les années 1930, le reste du monde colonisé, l’Occident
était bloqué. Il ne pouvait pas exporter, ce qui a entraîné un chômage de
masse. Il n’y avait pas d’« absorbeurs de richesses ».
3) La Grèce. Si elle avait pu s’en sortir
seule, elle serait certainement de la zone euro, au lieu de subir des réformes
drastiques, un chômage de masse, des baisses de salaires, de retraites, et une
paupérisation qui n’en finit pas.
4) Il est « vital »
pour les pays émergents et du reste du monde hors-Occident de détenir des
monnaies occidentales, i.e. des réserves de change. Sans celles-ci, ils ne sont
pas solvables et ne peuvent importer des biens et services pour leurs économies
et aussi les intrants pour produire et exporter. Donc sans ces devises, ces
pays sont pour ainsi dire « morts ».
5) « Comment
l’émission de monnaie par les banques centrale occidentales génère-t-elle du
déficit pour les états occidentaux (les deux entités sont séparées) ? Il
me semble que cette dette des états est surtout due à la disparition des
savoir-faire et des industries qui vont avec, ainsi qu’à la prise en charge par
les états de pertes énormes et illégitimes des établissements financiers. »
Le lien est évident entre les délocalisations, la perte de compétitivité et
l’endettement occidental, ceci dit d’une manière globale. D’autant plus que
l’endettement des pays occidentaux permet aux pays du reste du monde de
disposer des réserves de change pour vivre et commercer. Donc l’Occident est
tenu de s’endetter sinon l’équilibre mondial est rompu.
6) Cependant l’endettement de l’Occident ne doit pas entraîner un « cercle
vicieux » où ce sont les pays émergents qui en profitent. Après avoir
acheté la dette occidentale pour pousser les pays européens et les États-Unis
et le reste de l’Occident à importer leur production, les pays émergents
mettent en demeure l’Occident de continuer à s’endetter tout en absorbant leur
production, au point d’en devenir financièrement dépendants du reste du monde.
Dès lors, l’Occident va se trouver
« prisonnier » dans ses émissions monétaires, et viendra le moment où
l’Occident sera sommé de vendre ses ports, ses aéroports, ses autoroutes, etc.
Et ce processus ne peut pas marcher. L’équilibre mondial sera rompu – une
colonisation par la finance est impossible pour les grandes puissances, d’un
côté ou dans l’autre.
7) « Par ailleurs, il est évident que l’affaiblissement des
économies occidentales (disparition des savoir-faires) va avoir pour
conséquence de rendre à terme leurs monnaies inopérantes. Une fois la confiance
en ces monnaies perdues, elles seront remplacées par les monnaies d’économies
plus dynamiques et moins endettées (Russie, Chine etc). L’occident n’aura alors
plus que ses yeux pour pleurer, et devra repartir sans entreprises productrices
et sans monnaie.....
A terme, seule l’économie réelle finit par compter, car c’est sur elle que se
batit la confiance en une monnaie (meme s’il y a aussi des facteurs
impérialistes de type militaire). »
Non, la disparition du savoir-faire n’implique pas à terme leurs monnaies
inopérantes. Bien, au contraire, ce sont leurs monnaies qui font marcher le
monde. La confiance sur les monnaies occidentales ne sera jamais perdue. C’est
comme si vous dîtes, les pays occidentaux perdront leur indépendance. La
monnaie est, si l’on peut dire, un des archétype de la souveraineté d’une
nation. Non l’Occident constitue encore une grande partie du monde sur tous les
plans. Sauf que le monde change et qu’il doit s’adapter aux nouveaux
changements.
8) « Les
pays de la zone euro (à part l’Allemagne qui en profite pour se renforcer) sont
comme des joueurs perdant au casino : ils préfèrent continuer à jouer,
plutôt que prendre la décision d’accepter de prendre leurs pertes et de
repartir sur des bases douloureuses mais réelles. C’est à mon avis tout aussi
valable pour la Grèce. »
Non ! Les pays de la zone euro ne sont pas des joueurs perdants au
casino mondial. Ils ne préfèrent pas continuer à jouer. Ils jouent malgré eux
le rôle qui leur est imparti par l’Histoire du monde comme le font aussi les
pays émergents et le reste du monde. Il y a une « musique mondiale »
qui se joue dans le monde, et le « chef d’orchestre » est l’Histoire
qui se FAIT – les Nécessités du progrès du monde.
Quant à prendre la décision qui s’impose pour repartir sur des bases
douloureuses et réelles, ce que vous pensez, ils l’on pensé et l’ont déjà
prises depuis 2008, voilà bientôt 10 ans. Et d’ailleurs, on le constate,
aujourd’hui, l’Occident est en train de se redresser. Le chemin certes est
long. Mais il est en train de se faire.
Merci pour le commentaire