Pour la Grèce, ce n’est pas l’OTAN
qui est important pour elle en situation de crise. C’est sortir de la crise
économique et financière, c’est payer les millions de fonctionnaires, de
retraités, de continuer à soutenir les entreprises privées, le tourisme,
l’agriculture, les hôpitaux, etc. Et cela demande de l’argent et beaucoup
d’argent. La Grèce fortement endettée, et toutes ses ressources sont absorbées
ou presque par le service de la dette, qui va lui prêter si elle est sortie de
la zone euro, et retourner à sa monnaie, la drachme. Quelle garantie
offre-t-elle pour rembourser ? Rien. Vendre ses îles ? Qui va les
acheter et à quel prix ? Une île, il faut une police pour la défendre,
etc. Et en supposant qu’elle ait vendue des îles, la Grèce est-elle
compétitive ? Pourra-t-elle rembourser ?
Cependant sortir de la zone euro
relève de sa décision. Elle peut sortir et « Dévaluer sa monnaie ».
Cela peut se faire, mais il lui faut d’autres emprunts pour faire fonctionner
l’institut d’émission de la monnaie grecque. Sinon elle ne pourra rien émettre.
Donc des emprunts extérieurs, et qui va lui prêter ? Personne. Il n’y a
pas de garantie de remboursement. Et les banques ne veulent pas perdre de
l’argent.
Cependant, elle peut émettre des
drachmes qui seraient tout au plus des assignats de la Révolution française ou
des marks de l’Allemagne de 1923 (diminutif de papiermark). Pour payer une
baguette de pain, il faut des milliards de marks.
C’est ce qui serait passé si la
Grèce est sortie de la zone euro en 2011. En restant dans la zone euro, elle
s’est certes appauvrie, mais elle a tenu le cap. Son économie se redresse progressivement.
Vous dîtes : « En
quoi ce processus ne peut-il pas marcher ? La Russie n’a-t-elle pas été
colonisée par la finance dans les années 90 ? La chine au 19eme siècle »
Non, la Russie n’a pas été colonisée par la finance dans les années 90. Elle
était en crise économique et financière. Ses réserves de change ont fondu. Elle
était très endettée précisément parce que ses réserves ont fondu, et sa balance
commerciale et courante restant toujours déficitaire qui ne faisait qu’augmenter
son endettement. Puis c’est le clash de l’économie soviétique. La Banque
centrale de l’URSS a commencé à émettre des liquidités adossées sur rien.
Résultat, le pain qui coûtait 5 roubles, par exemple, a flambé. Une inflation à
2000%. Les magasins étaient pratiquement vides. L’URSS importait difficilement
les produits de première nécessité. Il fallait accepter les conditions d’aides
occidentales, i.e. les programmes structurels. On connaît la suite. L’URSS a cessé
d’exister en 1991.
« Le déterminisme que vous
invoquez n’est pas rationnellement fondé. Il y a bien des décisions qui sont
prises par des décideurs, à commencer par les classes politiques nationales qui
se sont soumise à l’UE, à l’euro, et qui ont décidé d’accompagner les
délocalisations et de se soumettre au souhait des multinationales, et par les
directeurs des banques centrales qui ont fait le choix du QE. »
Entièrement d’accord avec vous.
Cependant le déterminisme est ce qui nous meut naturellement. Par exemple, vous
avez de l’argent dans une banque, et vous entendez des bruits sur elle, la
première des choses que vous allez faire est d’aller retirer votre argent,
sinon vous risquez de le perdre. Et tous les déposants font la même chose. A la
fin, la banque fait faillite. Si vous êtes parmi les premiers à retirer vos
avoirs, tant mieux pour vous, mais au fur et à mesure que les liquidités
manquent, la banque a de moins en moins d’argent, elle diminue le montant des
remboursements. Puis c’est la fin, le dépôt de bilan. Plus de retraits, les
clients attendent la liquidation. Et en zone euro, si un déposant a
900 000 euros, le montant plafond auquel il a droit est de 100 000
euros, du Fond de garantie des banques. Il attendra encore un délai pour
percevoir ce montant entre une dizaine de jours et 3 mois. Et il perdra
définitivement 800 000 euros.
Et ce processus relève du
déterminisme, i.e. un processus de cause à effet.
De la même façon, les décideurs des
classes politiques nationales, lorsque il voit par exemple, le Japon, en crise
délocaliser massivement en Corée du Sud, en Chine, et qu’il arrive à tirer des
dividendes de ces transferts d’entreprises et gagne en nouveaux débouchés, et
que ces pays commencent à peser sur le commerce mondial, les autres pays, par
exemple européens, qui perdent des marchés, vont aussi imiter le premier. C’est
comme une banque qui fait craindre une faillite. Et puis c’est le rush, tout le
monde délocalise en Chine, en Inde, etc. Chaque pays développé ne veut pas
rester à l’écart parce qu’il risque de perdre de plus en plus de parts de
marchés, et donc devenir un importateur net, Et cela est mauvais pour sa
balance commerciale et courante. Et donc cette situation dépasse tout le monde
et ni les multinationales ni les directeurs de banques centrales ne peuvent
s’opposer à ce cours de développement du monde. Et c’est là où l’euro entre, il
ne se délocalise pas. Il faudrait beaucoup beaucoup beaucoup de temps pour le
reste du monde pour arriver à avoir une monnaie unique qui sous-entend un
groupement de pays et des réformes, des réformes...
J’espère avoir été clair. Merci pour
le commentaire