@Blek
Bonjour,
Je ne veux pas
échanger par invectives ou anathèmes, afin d’éviter l’écueil
de « ne pas voir plus loin que le bout de [mon]
clavier ».
Il ne s’agit là que
d’énoncer les faits juridiques, et d’en apprécier la portée
véritable. Je me concentre sur ce que je connais, c’est à dire le
combat pour la dignité au travail. Quant aux discours incantatoires
sur les abus ou la méritocratie sociale, il relève de logiques
punitives et de condamnations morales hors de propos, car le droit ce
n’est toujours et encore pas la morale. Il peut certes y avoir abus
de droits sociaux par certains, mais il n’y a pas de droits sociaux
abusifs en direction du malade, de l’accidenté du travail, de
l’handicapé, du toxicomane, du chômeur non indemnisé (56 %
des inscrits à Pôle-emploi), de la mère de famille isolée, du
retraité paupérisé ou même de l’étranger en situation
régulière.
Il faut dire que les
amalgames prospèrent sur un redoutable fumier politique, notamment
fondé sur l’individuation des causes et problématiques sociales
(TON problème, TA responsabilité, TA situation particulière, en
aucun cas celle de la société [qui n’existe pas, selon les
néolibéraux] ou de l’ordre économique en vigueur [qui n’a pas
d’alternative, selon les mêmes économistes]).
Le fait demeure
pourtant que l’archétype du « travailleur honnête » que
vous évoquez en défense et illustration, a des intérêts
strictement convergents à ceux des plus modestes que lui. Si la
France arbore fièrement ses droits sociaux comme étendard
constitutionnel, ses gouvernements les bafouent quotidiennement dans
une banale indifférence. Plus que jamais, le salarié, mal
récompensé du produit de son travail, exclu du partage des
richesses qu’il a contribué à produire, et aujourd’hui
dépossédé de pans entiers de ses droits statutaires (ceux
transcrits par le Code du travail), lesquels venaient « compenser »
son état de subordination juridique et économique, face à
l’employeur dont il dépend pour assurer sa conservation, a mille
raisons de faire entendre sa colère et d’en appeler au changement.
Pour autant, des
travailleurs appauvris, ou membres inquiets de la classe moyenne, se
trompent de cible, et partant de colère, en convoitant absurdement
la situation de ceux qui, parmi les siens, subissent déjà une
triple éviction. Économique, professionnelle et sociale. Un sort
fort peu enviable, à l’instar de celui que le droit romain
réservait à l’endroit des citoyens maintenus en captivité par
les ennemis de Rome : le « Capitis Diminutio Maxima »,
c’est à dire la mort civile,
la privation générale de ses droits personnels, et pour finir, la
réduction en esclavage. Esclave
parce que vulnérable, et donc inapte
à
servir l’idéologie et la
puissance romaine.
La
question qui se pose vraiment à nous consiste donc
à savoir si nous allons
rester
sans réagir,
dès lors que
des ennemis résolus de toute
société décente légitimeront
par tout moyen la
servilité par le travail.
Nul doute que cette pitoyable
tentative d’instauration d’un « bénévolat obligatoire »
semble être la première
salve projetée dans cette direction. Y aura-t-il pour
autant une veillée d’armes
pour assurer la défense inconditionnelle
de nos
droits sociaux ?
Cordialement.