@Hervé Hum
« Comme l’État est né du
besoin de refréner des oppositions de classes, mais comme il est né, en même
temps, au milieu du conflit de ces classes, il est, dans la règle, l’État de la
classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui,
grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de
nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. C’est ainsi que
l’État antique était avant tout l’État des propriétaires d’esclaves pour mater
les esclaves, comme l’État féodal fut l’organe de la noblesse pour mater les
paysans serfs et corvéables, et comme l’État représentatif moderne est
l’instrument de l’exploitation du travail salarié par le capital.
Exceptionnellement, il se présente pourtant des périodes où les classes en
lutte sont si près de s’équilibrer que le pouvoir de l’État, comme
pseudo-médiateur, garde pour un temps une certaine indépendance vis-à-vis de
l’une et de l’autre. Ainsi, la monarchie absolue du XVIIe et du XVIIIe siècle
maintint la balance égale entre la noblesse et la bourgeoisie ; ainsi, le
bonapartisme du Premier, et notamment celui du Second Empire français, faisant
jouer le prolétariat contre la bourgeoisie, et la bourgeoisie contre le
prolétariat. La nouvelle performance en la matière, où dominateurs et dominés
font une figure également comique, c’est le nouvel Empire allemand de nation
bismarckienne : ici, capitalistes et travailleurs sont mis en balance les uns
contre les autres, et sont également grugés pour le plus grand bien des hobereaux
prussiens dépravés. »
Friedrich Engels - L’origine de la famille, de la propriété privée et de
l’Etat - 7/ Barbarie et civilisation