Peu d’écrits relatent l’histoire de Vercingétorix qui est
avant tout une création moderne et joue davantage un rôle de héros mythologique
que celui de personnage historique.
Seuls quatre auteurs romains et cinq grecs ont écrit sur lui
en ne lui consacrant pour certains que quelques lignes, des lignes écrites par
ses ennemis, dont on peut douter de l’objectivité.
Pour exhumer ce héros oublié il a fallu attendre le Second
Empire qui lui a taillé le costume qui convenait au rôle que ses anges rédempteurs
lui réservaient, en le dotant d’une personnalité très différente de ce qu’elle
devait être en réalité.
L’aspect physique, pour commencer, dont le Second Empire
n’avait aucune idée mais a quand même construit un héros superbe en s’inspirant
notamment du visage de l’empereur et de sa moustache. Car une chose est
certaine, Vercingétorix n’avait pas de moustache : les Arvernes se
rasaient. Et la seule image qui soit restée de lui, sur 25 statères d’or à
son effigie le présente glabre, avec des cheveux courts dont rien ne permet
dire qu’ils fussent blonds !
La manipulation ne
s’arrête pas là. Vercingétorix n’a jamais un chef gaulois, car la Gaule
n’existait pas. La Gaule est une création romaine, un fourre-tout rassemblant
la plupart des peuples installés sur un territoire comprenant l’actuelle France
et une partie de la Belgique et de la Suisse. Mais elle était peuplée de tribus
totalement indépendantes, sino ennemies dont
Vercingétorix allait devenir le chef éphémère.
Vercingétorix n’était donc pas un chef gaulois, mais un chef arverne à
qui s’étaient alliés d’autres tribus de Gaule apr opportunisme, momentanément.
La raison de son génie militaire vient de ce qu’il avait
servi durant cinq ans aux côtés de César comme contubernale (compagnon de
tente) l’avait aidé à combattre... des Gaulois, avant de se retourner contre
lui.
En 1850, les français ne connaissaient pas Vercingétorix !
Les grandes figures de l’histoire de France étaient Clovis, Charlemagne,
Saint-Louis, Louis XIV... et quelques autres avant ou après. Mais de Vercingétorix
aucune mention. Mais Napoléon III avait besoin d’un symbole rassembleur qui ne
pouvait pas être Clovis, un franc, donc germanique, ni Charlemagne également franc
dont la capitale était une ville allemande. Napoléon III, grand admirateur de
César, connaissait Vercingétorix dont il a fait son étendard. C’est lui qui a
financé des fouilles à Gergovie avant d’y installer une stèle commémorative.
Lui aussi qui a fait ériger à Alésia, une statue de 7 mètres de haut.
Mais après seulement 10 ans de gloire, comme Vercingétorix, Napoléon
III a été lui aussi vaincu. Le mythe de l’Arverne ne s’est pas arrêté pour
autant. Au contraire, la victoire allemande lui a donné un nouvel élan. La
jeune république avait elle aussi besoin d’un héros national et Vercingétorix
était le candidat idéal. Jeanne d’Arc a eu aussi une bonne place sur le podium.
Cette Lorraine née en Champagne dans un Barrois mouvant aux frontières
indécises venait d’être embauchée pour symboliser et légitimer l’unité d’un
territoire que même Vercingétorix ne pouvait pas couvrir.
Ces deux figures sont les deux opérations de communication
les plus réussies et sont devenues le père et la mère d’un peuple (ou d’une
nation) qui ne recherche pas davantage la vraisemblance ou la cohérence que
les Romains ne se souciaient de l’état-civil de Remus et Romulus.