@Gollum
L’affaire Galilée est une question de mentalités et d’environnement
culturel.
Ses juges, plutôt bienveillants à l’égard des
sciences, étaient par contre incapables de dissocier vision théologique et
vision cosmologique.
Ils vivaient dans une culture unitaire entre les différentes
disciplines. Les conceptions pythagoriciennes, astrologiques, alchimiques se
mêlaient à la rationalité scientifique. La théologie était considérée comme une
science censée valider (via le « Saint-Office », évidemment !) les connaissances
intellectuelles, en particulier la philosophie qui était sa servante, et il ne
faut pas oublier que les travaux en astronomie, en physique, en géométrie, en
botanique faisaient partie de ce que l’on appelait « philosophie de la nature
». Les connaissances étaient hiérarchisées, comme la société.
Pour ces juges, si la terre cessait d’être au centre de l’univers,
elle risquait de ne plus l’être du point de vue ontologique, et le pape risquait de ne plus être le centre de la chrétienté (les reste du monde étant inconnu du quidam moyen). L’héliocentrisme
leur semblait inséparable d’une relativisation
des vérités fondamentales de la foi. Le saut intellectuel qui leur était
demandé était énorme : il s’agissait, ni plus ni moins, de comprendre que ce
n’est pas parce que la vision cosmologique change que la vision de la foi est
mise en cause, alors que l’on pensait ces deux visions inséparables.
Mais surtout, il y allait de l’autorité pontificale,
d’autant plus centrale (comme la
terre) qu’elle était niée par les protestants. Or Galilée avait franchi une
ligne d’une part en remettant en cause la mise à l’Index du De revolutionibus
promulguée 17 ans plus tôt et d’autre part il ridiculisait le pape ! De
scientifique, l’affaire qui était devenue théologique dans cette culture
unitaire, avait pris une tournure politique.