A propos de la distinction entre antisémitisme et antisionisme,
certains feraient bien d’essayer de comprendre cette analyse de
Judea Pearl que je recopie plus bas. Son fils Daniel avait été égorgé en février 2002 par
des jihadistes qui ont filmé et diffusé cette scène atroce. A la différence de beaucoup qui s’expriment sur AgoraVox sans comprendre grand chose,
Judea Pearl, lui, sait de quoi il parle.
J’ai mis en gras les passages les plus significatifs, c’est-à-dire la fin, mais le début sera fort instructif pour
ceux qui ne connaissent Israël que par ce qu’en disent des media
français très peu informés en général, quand ils ne s’appliquent
pas, sciemment, à décerveler.
Plus récemment, voir aussi cette émission qui commence précisément par cette distinction, tout à fait élémentaire et évidente, entre
antisémitisme et antisionisme : https://www.dailymotion.com/video/x6gudur
Là encore, les intervenants savent de quoi ils parlent : François Pupponi était maire de Sarcelles, une ville où la crapule antisioniste rêvait de pogroms dans l’été 2014.
------------------------------------------------------------------------—
Judea Pearl :
L’antisémitisme rejette les Juifs en tant que membres égaux de
la race humaine.
L’antisionisme rejette Israël en tant que membre à part
entière de la grande famille des nations.
Les Juifs sont-ils une nation ? De nombreux philosophes
argueraient que les Juifs constituent d’abord un peuple et
secondairement une religion. Par ailleurs, la narration de l’Exode
et la vision de la traversée vers la terre de Canaan se sont
imprimées dans l’esprit du peuple juif avant qu’il reçoive la
Torah au Mont Sinaï. Mais, philosophie mise à part, la conviction
partagée de leur éventuel rapatriement sur leur lieu de naissance
historique a constitué le moteur alimentant la persévérance et les
espérances juives à travers le périple tourmenté qui a commencé
avec l’expulsion romaine en l’an 70.
Plus important : l’histoire partagée, et non la religion,
est aujourd’hui la force unitaire primordiale qui est au principe
de la société laïque, multi-ethnique d’Israël. La majorité
de ses membres ne pratique pas les règles religieuses et ne croit
pas à une transcendance divine, ni à la vie après la mort. La même
chose s’applique au judaïsme américain, qui est, lui aussi,
largement laïque. L’identification à un ethos historique commun,
culminant dans la renaissance de l’Etat d’Israël, est le nœud
central de la collectivité juive en Amérique.
Il existe, bien sûr, des Juifs qui sont non-sionistes et même
antisionistes. Le culte ultra-orthodoxe des Neturei Karta et le culte
gauchiste de Noam Shomsky en sont des exemples notoires. Le premier
rejette toute tentative terrestre d’interférer avec le projet
messianique de D.ieu, alors que le second déteste toutes les formes
de nationalisme, et plus spécialement, celles qui réussissent.
Il y a aussi des Juifs qui trouvent difficile de défendre leur
identité contre la perversité croissante de la propagande
anti-israélienne, et qui, éventuellement cachent, renient ou
dénoncent leurs racines juives, en leur préférant la
reconnaissance sociale et autres commodités.
Mais ce sont là, au mieux, des minorités marginales ; les
forces vives de l’identité juive, actuellement, se nourrissent de
l’histoire juive et de ses dérivés naturels – l’Etat
d’Israël, sa lutte pour la survie, ses réalisations culturelles
et scientifiques et son inlassable quête de paix.
Selon cette approche de l’idée de nation juive,
l’antisionisme est, de plusieurs manières, plus nocif que
l’antisémitisme.
Premièrement, l’antisionisme prend pour cible la partie la
plus vulnérable du peuple juif, précisément, la population juive
d’Israël, dont la sécurité physique et la dignité personnelle
dépendent, de façon cruciale, du maintien de la souveraineté
d’Israël. Dit de manière brutale, le projet antisioniste d’en
finir avec Israël condamne 5 millions et demi d’êtres humains, la
plupart d’entre eux réfugiés ou enfants de réfugiés, à vivre
éternellement sans défense dans une région où les incitations
génocidaires ne sont pas rares.
Deuxièmement, les sociétés modernes ont développé des
anticorps contre l’antisémitisme, mais pas contre l’antisionisme.
Aujourd’hui, les stéréotypes antisémites provoquent
la répulsion chez la plupart des gens de conscience, alors que la
rhétorique antisioniste est devenue un signe de sophistication
académique et de reconnaissance sociale, dans certains cercles
autorisés de l’université américaine et de l’élite
médiatique. L’antisionisme se travestit sous la grande cape du
débat politique, en s’exonérant du sens et des règles de la
civilité, qui président au discours interreligieux, pour s’attaquer
au symbole le plus cher de l’identité juive.
Finalement, la rhétorique antisioniste est un couteau planté
dans le dos du camp de la paix israélien, qui soutient, de façon
écrasante, la solution à deux Etats. Il donne aussi une crédibilité
aux ennemis de la coexistence, qui proclament que l’éventuelle
élimination d’Israël est l’objectif secret de tout Palestinien.
C’est l’antisionisme, dès lors, et non l’antisémitisme,
qui constitue une menace existentielle bien plus dangereuse pour
la vie, pour le triomphe historique de la justice et pour les efforts
de paix au Moyen-Orient.
Judea Pearl
Professeur à l’UCLA (Université de Los Angeles) et
Président de la Fondation Daniel Pearl.
On trouvera le texte entier à cette page :
http://www.debriefing.org/28090.html