A l’auteur.
Bonne analyse et photographie implacable d’une situation qui est devenue ingérable dont voici le corollaire :
La France compte cinq millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian [1]
et 8,8 millions si l’on utilise le seuil à 60 %, selon les données 2016
(dernière année disponible) de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de
pauvreté est de 8,0 % et dans le second de 14,0 %. Au cours des dix
dernières années (2006-2016), le nombre de pauvres a augmenté [2]
de 630 000 au seuil à 50 % et de 820 000 au seuil à 60 %. Le taux de
pauvreté s’est élevé de 0,7 point au seuil à 50 % et à 60 %.
La pauvreté a fortement progressé à partir de 2008 avec
l’accentuation des difficultés économiques liées à la crise financière.
Entre 2008 et 2012, le nombre de pauvres, au seuil à 50 % comme à 60 %, a
augmenté de près de 800 000. Le taux de pauvreté à 50 % s’est élevé de
7,4 à 8,5 %, celui à 60 % de 13,2 à 14,2 %. Depuis 2012, le taux et le
nombre de pauvres stagnent. Cette stagnation est trompeuse, car elle
résulte en partie de l’extension de la crise aux couches moyennes [3].
Le niveau de vie médian de 2016 est du niveau de 2011. Or le seuil de
pauvreté est calculé en fonction du niveau de vie médian.
Un avenir incertain
Les années 2000 et 2010 constituent un tournant de notre histoire
sociale. La pauvreté avait fortement baissé entre les années 1970 et le
début des années 1990. Depuis, on n’assiste pas à une explosion de la
pauvreté, mais à l’inversion d’une tendance historique. Plus que
l’augmentation du nombre de pauvres – même si elle est loin d’être
négligeable – c’est surtout ce changement d’orientation qui est
marquant. La pauvreté est mesurée de façon relative au niveau de vie
médian. L’écart se creuse entre les plus pauvres et les couches moyennes
si l’on raisonne à moyen terme.
Il ne reste plus qu’à espérer que le modeste retournement auquel on
assiste depuis la fin 2015 se traduise concrètement dans les chiffres de
la pauvreté. Au cours de la période 2011-2016, le nombre de pauvres a
baissé de 100 000 au seuil à 50 % et 200 000 au seuil à 60 % ce qui
constitue une bonne nouvelle. Entre septembre 2015 – point haut du
nombre de foyers allocataires du RSA, à 1,8 million – et mars 2017, le
nombre d’allocataires du RSA a diminué de 5 %, soit 95 000 personnes de
moins en un peu plus d’un an, ce qui n’est pas négligeable. Depuis, il
stagne. Le nombre de chômeurs diminue aussi légèrement. On peut donc
espérer une amélioration entre 2016 et 2019, même si elle restera sans
doute modeste.
Compte tenu de l’ampleur de la dégradation enregistrée depuis le
début des années 2000, il faudrait un mouvement beaucoup plus important
et durable, ne serait-ce que pour revenir à la situation qui prévalait
au milieu des années 2000 avec un taux de pauvreté de 7 % au seuil à
50 % et de 12,8 % au seuil à 60 %. Beaucoup dépendra de l’impact des
politiques économiques et sociales mises en œuvre.
Dans ce domaine, la baisse des allocations logement va avoir pour
effet direct d’accroître le nombre de personnes pauvres. À plus long
terme, l’évolution de la pauvreté dépendra pour une grande partie de
l’emploi et de ses conditions. Autrement dit, de la façon dont sera
partagée la richesse créée. La multiplication de postes sous-rémunérés
n’aurait pour effet que de transformer la pauvreté, en développant la
pauvreté laborieuse.
[2] Cette
hausse est le résultat d’un solde entre les entrées et les sorties dans
la pauvreté. Les personnes pauvres de 2006 ne sont pas les mêmes que
celles de 2016.
Source :
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