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Commentaire de Prudence

sur Du bitcoin dans l'assurance-vie : dernière folie macronienne


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Prudence 10 juin 22:20

POURQUOI LE BIT« COIN » N’EST PAS UN ETALON, ET JUSQU’OU IL PEUT BAISSER.

Le bruit court que le bitcoin (le « bout de monnaie ») serait un étalon comme le fut l’étalon-or.

C’est faux, et c’est inquiétant de lire ça, car on est là en pleine croyance, non pas dans l’objectivité, mais dans la subjectivité. Il y a donc un défaut théorique dans la conception, une faiblesse, ou une volonté de tromper sciemment.

Un étalon est un instrument de mesure, une norme. Par exemple le mètre étalon. Ou encore, pour dématérialiser davantage : « C », la célérité, la vitesse de la lumière.

On peut rapporter toute distance au premier par des multiples ou sous-multiples, et toute vitesse à la seconde par les seuls sous-multiples, on obtiendra toujours un résultat objectif, concret, en correspondance avec l’étalon, qui lui, ne variera pas.

Lorsqu’un étalon monétaire comme l’étalon-or est choisi, les variations remarquées dans la variation de valeur de l’étalon sont apparents, et ce sont bien les monnaies qui varient réellement par rapport à lui. Or cet étalon a été abandonné, et toute monnaie peut prétendre donc à être l’étalon, il suffit qu’elle possède concrètement une masse de valeur la plus importante, ou, abstraitement, qu’elle soit la monnaie à la plus grande convertibilité en autres monnaies, mais cela ne suffit pas, car elle peut être universellement convertible et pourtant voir sa valeur baisser par rapport à la totalité des autres.

Pour qu’un étalon mérite pleinement d’être dit étalon, il faut qu’il soit soutenu par une désirabilité universelle « en soi » et non « de fait ». Le mètre en approche, car il est la 10 000 000e partie d’une moitié de méridien terrestre, et sa désirabilité vient de l’aspect pratique de son universalisation. Mais ceux qui se sont échinés à réparer une tondeuse à gazon dont les écrous ne sont pas métriques connaissent la relativité de cet étalon. La vitesse de la lumière mérite encore mieux le nom d’étalon, car il possède un caractère de nécessité qui dépasse toute désirabilité. C’est un étalon qui s’impose car il est l’expression même de la réalité.

Si l’or a pu s’imposer comme étalon monétaire, c’est en raison de sa valeur qui lui vient de sa désirabilité, à laquelle il faut ajouter aujourd’hui des vertus en micros-contacts électronique. La quantité limitée d’or et la difficulté de son extraction, même à l’heure actuelle, garantissait qu’il n’y aurait pas baisse de sa valeur par excès inflationniste de disponibilité.

Les partisans du bitcoin (que Dieu les protège) croient pouvoir dire que le bitcoin est un étalon. En effet, 1) sa production est difficile (c’est la « nouvelle monnaie » extraite lentement en permanence) et n’est pas inflationniste, 2) il est en lui aussi en quantité finie, 3) il est universellement convertible, et 4) il est désiré car il est soutenu par des « pubs-articles » qui sortent magiquement au bon moment, généralement quand il baisse, ce qui fait 5) qu’on en achète (c’est l’apport constant d’ « argent frais ») avec de l’argent issu d’une monnaie ainsi convertie (phagocytée). On pourrait donc oser un saut théorique en disant que ce n’est pas le bitcoin qui varie, c’est l’ensemble des monnaies qui varie par rapport à lui. Or c’est faux sur le plan théorique, même si ce pourrait être vrai de fait (voir plus bas). 

Car si le bitcoin pourrait en effet prétendre à être un étalon selon ces cinq points, il n’empêche a) qu’il ne représente pas la plus grande quantité de valeur, il est donc moins un étalon que le dollar, et 2) sa convertibilité universelle ne s’appuie sur aucune désirabilité « en soi » mais seulement « de circonstance » (l’effet d’attractibilité d’une hausse, par exemple). Or, pour reparler non pas de l’étalon-or mais de l’or, i) l’attractabilité de ce métal est justifiée par la sa beauté, sa ductilité, son inoxydabilité et son excellente conductance électrique ; et ii) il est une chose réelle, qui garde donc toujours (à coup sûr) une quelconque valeur=x, en tant qu’il est « quelque chose de réel ». Le « bitcoin » lui, ne mérite que des guillemets car il n’est rien et pourrait disparaître comme une bulle de savon. Alors qu’il reste toujours une quelconque valeur à l’or en tant qu’il est une réalité (« quelque valeur » en français d’autrefois), le « bitcoin » peut descendre à strictement zéro, puisqu’il n’est rien. L’ « argent frais » converti en bitcoin peut en effet finir par se réduire strictement à rien. D’où le mantra bitcoinesque presque honnête : "N’investissez qu’un montant que vous pouvez vous permettre de perdre. Nous vous recommandons de n’investir qu’un montant que vous êtes prêt à perdre."

Même un kilo de plomb a plus de valeur « en soi » qu’un seul bitcoin, car il est une réalité plutôt utile (bien que toxique) : il protège de manière irremplaçable des radiations, il est très ductile, il s’oxyde un peu en surface mais pas plus car l’oxyde le protège alors que le fer se transforme finalement presque intégralement en Fe02, il est utile en restauration de monuments historiques, et les chasseurs du monde entier l’utilisent (pour l’instant), pour ne pas parler des cristalliers. Un kg de plomb vaut un euro (c’est facile de compter : entre 0,70 et 1,20 euro). Il y a peu de chance qu’il descende en-dessous, et il a même valu quelques temps bien davantage. Le bitcoin, lui, peut descendre bien plus bas qu’un euro, qu’un centime, jusqu’à simplement rien, parce qu’il n’est rien, précisément. Une entreprise en grandes difficultés possède encore la surface au sol qu’elle occupe concrètement, ses bien immeubles, des machines outils, des stocks d’invendus. Les actionnaires peuvent encore en tirer « quelque chose » bien que ce ne soit pas grand-chose. Ainsi, les actions ne descendent généralement pas à « égale zéro », un rebond est même possible et certains, avisés, bons connaisseurs du réel, savent en tirer le plus grand profit. Lorsque l’action Alcatel-Lucent est descendue à moins d’un euro à la suite de la crise de 2008, elle remonta à 3 euro et finit par être rachetable par Nokia en échange de 0,55 action Nokia.

Le bitcoin, lui, est la première réalité du genre à pouvoir valoir strictement rien (zéro).

J’ai précisé ici, comme promis, les réponses aux questions « jusqu’où le bitcoin peut-il baisser ? » et « pourquoi le bitcoin n’est-il pas un étalon ? ».

Ah ! J’ai oublié de dire : bien sûr que le bitcoin pourrait devenir l’étalon de toute valeur monétaire (comme toute monnaie peut l’espérer, d’ailleurs en devenant « la monnaie la plus forte ») : il lui suffirait pour cela de phagocyter 50% + 1 cent de toutes les monnaies de la planète. Il faudrait donc que les « bitcoineurs » fassent rentrer 50% en « argent frais » de la masse de valeur monétaire de toute la planète. C’est bien ce qu’ils essaient de faire, et les théoriciens bitcoineurs (de dangereux « déconneurs », osons le dire) y croient. Mais si l’on pense que les banques et les producteurs de matières premières vont laisser faire cette concurrence sauvage de « monnaie de rien » sans la limiter, ou sans la brider par la réglementation, on n’a rien compris au réel.

Le « bitcoin » n’a pas d’autre solution que d’essayer d’attirer 50% + 1 dollar de l’argent frais (réel) de la planète pour finir alors par en remplacer par effet de levier les 100%, sinon ce sera finir en bulle de savon (en néant). Connaissant la psychologie humaine, et les risques représentés, et le goût de chacun pour ce qui est réel (un collier réel vaudra toujours mieux qu’un collier possible ou virtuel) on peut douter de l’ascension irrésistible du « bitcoin ».

Il est plus probable que le « bitcoin » disparaisse en quelques instants comme une bulle de savon le fait toujours, de même que toute chaîne de Ponzi, dont les seuls bénéficiaires sont ceux du début, lesquels ont bénéficié de l’argent frais déposé en premier dans le mécanisme. Signé : Prudence, analyste bientôt en retraite.


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