@velosolex
Je ne reproche pas au Canard d’avoir dénoncer les forfanteries de Fillon. Je lui reproche d’avoir fait comme s’il y avait quelque chose d’exceptionnel dans ces magouilles alors que ce genre de corruption se généralise dans notre société et dépasse même le cadre de la classe des crapules politiciennes. Ils ont choisi Fillon parce qu’il faisait de la concurrence à Macron. Ils ont d’ailleurs déterré des affaires anciennes dont ils n’auraient jamais parlé s’il n’avait pas été un candidat contre Macron. Ceux qui se sont laissé avoir à ce jeu sont bien naïfs. Voici exactement ce que j’écris à ce sujet dans mon livre « Macron Démission — Révolution ».
"Mais tout ne s’est pas déroulé
exactement comme prévu. La concurrence entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé a
fait émerger un outsider. C’est le pauvre François Fillon qui est sorti
vainqueur du second tour des primaires de la droite le 27 novembre
2016 ! Dès lors, son sort était jeté. C’est lui qui allait se faire
descendre et cela ne présentera pas de difficulté. Quand l’oligarchie
euro-atlantiste décide d’en dégommer un, il lui suffit de regarder d’assez près
et elle est certaine de trouver quelque chose qui fera scandale. Il est autant
pourri, mais guère plus, que tous les politiciens de son rang. Il suffit donc
de le faire savoir. Ce sera d’autant plus efficace qu’il a eu le tort de
s’ériger en monsieur-la-vertu.
François Fillon est investi
officiellement lors du Conseil National des Républicains du 14 janvier 2017.
Onze jours plus tard, le Pénélope-Gate se met en branle avec un article du
Canard Enchaîné du 25 janvier 2017. On se souvient que « Le Canard Enchaîné »
ne s’est jamais déchaîné contre les mitterrandiens. Il n’avait jamais parlé de
Mazarine avant que Paris Match, mandaté par François Mitterrand lui-même,
découvre son existence. Pourtant, tous les comités de rédaction étaient au
courant mais se taisaient respectant ainsi la conception mitterrandienne de la
liberté de la presse. Immédiatement après l’information révélée par « Le Canard
Enchainé » (à sa caste) des moyens exceptionnels étaient mis en œuvre pour
procéder à un véritable lynchage médiatico-judiciaire.
La presse se trouve informée
rapidement de faits parfois vieux de plus de vingt ans. Le parquet financier se
saisit de l’affaire avec une rapidité hors norme et mène ses premières
investigations de façon fulgurante sans qu’elles aient pu être préparées à
l’avance. La descente de police dans les locaux du Parlement, sans protestation
du président Bartolone, est une violation du principe de séparation des
pouvoirs. L’ouverture d’une enquête préliminaire sur un parlementaire dans
l’exercice de ses fonctions, sans qu’elle ait été précédée d’une enquête du
bureau de l’Assemblée, est anticonstitutionnelle. La divulgation dans la presse
des éléments du dossier est une violation du secret de l’instruction. Les
reproches qui sont faits à François Fillon sont justifiés mais il y a, dans
cette affaire, une manifeste instrumentalisation de la justice à des fins
politiques. Il y a, à l’évidence, un dévoiement des services de l’État. Quand
les ordres viennent de l’oligarchie euro-atlantiste tout est possible.
Il faut par ailleurs prendre la
mesure relative de l’importance des faits qui lui sont reprochés dans une
société où la corruption se généralise. Qu’a-t-il donc fait que les autres ne
font pas ? Comme tous les riches, il a tendance à minimiser la valeur de son
patrimoine quand il fait sa déclaration d’impôts. Dans son milieu, quand on
offre un costume ou une montre à quelqu’un chacun sait qu’on ne l’achète pas
dans la grande surface du coin. Il a la possibilité de recruter du personnel
bien payé pour un travail peu contraignant. Eh bien donc ! Il choisit sa femme
et ses enfants. Le vrai scandale et que, comme bien d’autres, il ait la
possibilité de faire ça. Regardez-donc à l’université comment sont choisis les
maîtres de conférences ou au CNRS comment sont choisis les ingénieurs de
recherche. Les femmes, les maîtresses, les enfants, les gendres et les brus des
« gens en place » ont une priorité absolue et ce n’est pas pour quelques
mois que sont ainsi recrutés des incapables. C’est pour toute une vie que sont
ainsi payées des personnes pour faire de la recherche alors qu’elles n’en
feront jamais. Pour faire néanmoins avancer la recherche ces « gens en
place », tel que Bernard Victorri qui fut directeur adjoint du CNRS et
s’est particulièrement illustré dans ce domaine, font marner des thésards
qu’ils sacrifient comme de la chair à canon. Ces pratiques sont tellement
habituelles qu’aucun recours ne peut aboutir et qu’en conséquence les victimes
ne sont jamais indemnisées. Souvenons-nous aussi que le coiffeur de François
Hollande a gagné en cinq ans davantage que Pénélope Fillon en douze ans. Et, à
l’Assemblée Nationale, en 2014, 52 épouses, 28 filles et 32 fils de députés ont
été rémunérés. Bruno Le Roux qui fut ministre de l’intérieur, avait auparavant,
en tant que député, fait signer 24 contrats à ses deux filles embauchées, dès
l’âge de seize ans, comme collaboratrices parlementaires alors qu’elles étaient
lycéennes et étudiantes. Bref ! Ils sont
tous comme ça. Et même Jean-Luc
Mélenchon ne fait pas exception (voir dans notre livre : « De
François Mitterrand à Jean-Luc Mélenchon » le chapitre « Jean-Luc
Mélenchon : les discours et les actes »). Alors, il faut bien
reconnaître qu’il y a eu un matraquage médiatique pour l’abattre et un gros
travail de communication pour le faire passer ainsi pour pire que tous les
autres. Notre intention n’est pas de défendre François Fillon, ni de pardonner
les faits pour lesquels il s’est fait descendre, mais de bien comprendre ce
processus médiatique qui manipule les consciences collectives. Certainement que
là aussi des spécialistes de la communication étaient à l’œuvre.
Remarquons d’ailleurs qu’autant
il était important pour l’oligarchie de descendre Fillon, le concurrent de
Macron, autant ils n’avaient rien à craindre ni de Jean Luc Mélenchon ni de
Benoît Hamon. Ils les ont donc chouchoutés tout en réservant le service grande
classe pour Emmanuel Macron."