Rappel convergent parmi d’autres= La chercheuse Mahnaz Shirali,
experte de l’Iran contemporain, analyse la mort du général Soleimani et
ses conséquences pour le Moyen-Orient.
Mahnaz Shirali est docteure en
sociologie politique, enseignante à Sciences Po Paris et directrice
d’études à l’Institut catholique de Paris. Elle a écrit plusieurs livres
sur l’Iran contemporain. Elle relativise l’impact de la mort du général
iranien Qassem Soleimani, le numéro deux officieux du régime de
Téhéran. Son élimination par l’armée américaine, alors qu’il se trouvait
à l’aéroport de Bagdad, a suscité une vive tension entre l’Iran et
les États-Unis.
Le Point : Comment interpréter l’impressionnante mobilisation populaire pour les obsèques du général Soleimani ?
Mahnaz Shirali : Ce que
nous avons vu, ce sont des images que la République islamique nous a
envoyées et qu’elle contrôlait entièrement. Nous avons vu un
raz-de-marée humain, filmé par la République islamique. Il est très
difficile de juger de l’état d’une société à travers les images
officielles. En Iran, comme dans le reste du Moyen-Orient, les
funérailles sont une occasion de nourrir les participants aux obsèques,
et on a vu ces derniers jours de grands camions qui distribuaient des
repas à longueur de journée. C’est un détail mais qui a son importance
car, en Iran, 75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Il n’est pas difficile d’attirer de pauvres gens qui n’ont pas de quoi
manger. En outre, beaucoup de participants aux funérailles
étaient des fonctionnaires d’État qui avaient souvent été contraints d’y
faire acte de présence. Des bus spéciaux les ont acheminés
depuis leur lieu de travail. Il faut mentionner également la capacité
éprouvée des dirigeants iraniens à jouer avec la peur de la
population dans les moments de tension. Enfin, dans un pays de près de
85 millions d’habitants, même s’il y a 5 % de la population qui soutient
le régime, cela reste une proportion très faible.