@Laulau
« Je ressens une fatigue à l’égard de cette affaire depuis des mois. Dès les premiers articles sur ce traitement, j’ai pu sentir à quel point la recherche était déconnectée du grand public. On nous apprend toujours l’humilité dans la recherche scientifique : émettre une hypothèse, puis la prouver par l’expérimentation. Mais ici, un professeur renommé, à coups d’arguments d’autorité, a voulu nous faire croire que son intuition avait valeur de prédiction. Je le répète souvent mais dans ce domaine, que l’on soit prix Nobel ou étudiant en Master, une intuition n’a aucune valeur de preuve. Bien évidemment, cela peut constituer une piste, mais il faut la tester méthodologiquement afin de convaincre ensuite l’ensemble de la communauté scientifique de nous suivre. Cette lassitude, cette colère que je ressens, a ébranlé la vocation que j’ai pour la recherche depuis plus de dix ans. Si je me tue tous les jours à faire des expériences rigoureuses, à lire la littérature scientifique, à écrire des articles, à faire des demandes de financement, et qu’un seul homme peut tout balayer d’un revers de main aux yeux du grand public, à quoi bon ? Les essais cliniques de qualité vont bientôt sortir sur la chloroquine et finiront probablement par montrer son inefficacité à traiter la Covid-19 (comme tous les autres virus depuis 50 ans), mais la recherche en gardera les stigmates pendant très longtemps... »
Benoît Thibault, chercheur postdoctorant en oncologie.
Extrait de :
https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-chloroquine-futura-choisit-ne-plus-parler-80151/