Commentdevient-on centenaire ?
C’est
généralement une question de sexe : diminution de la durée de vie chez l’homme
(en général) et augmentation de la durée de vie chez la femme. Explications :
Le
principe albuminoïde, alcalin, tiré du sang, qui génère et nourrit le système
nerveux moteur est un principe de destruction qui use l’organisme ; Cl. Bernard
l’appelait : le ferment moteur. Si la motricité augmente, le principe de
la destruction augmente avec elle ; chaque effort est suivi d’une réaction
morbide.
C’est
parce que la force musculaire a augmenté, dans l’évolution humaine, que la vie
de l’homme s’est constamment raccourcie dans le passé.
Dans
la série zoologique, ce sont les êtres dont les facultés motrices sont le plus
développées qui vivent le moins longtemps.
Si
nous prenons la vie humaine comme exemple, nous voyons, par les chiffres que la
statistique nous fournit, que la vie des peuples les plus robustes est moins
longue que celle des autres peuples moins forts. Nous voyons aussi que les
femmes, dont les facultés motrices sont toujours moins intenses que celles des
hommes, vivent plus longtemps que ces derniers.
L’élément
qui alimente le système nerveux sensitif est, au contraire, un principe de vie.
Ces deux éléments luttent en nous, l’un veut la vie, l’autre veut la mort. Or,
si la fonction sexuelle diminue, dans l’homme, l’élément sensitif, qui est le
principe de vie, et augmente l’élément moteur qui est le principe de la
destruction, il est bien évident que chaque fois que l’homme accomplit cette
fonction il descend un des degrés qui le conduisent à la tombe.
Enfin
on sait que les hommes qui ont donné leur vie aux travaux de l’esprit et qui,
par conséquent, ne se sont pas livrés, aussi librement que d’autres, à la
satisfaction de l’instinct sexuel, sont ceux qui ont vécu le plus longtemps.
M.
Büchner dit : « Le nombre des vieillards est incomparablement plus grand
parmi les savants. » En même temps nous pourrions montrer que les hommes
vicieux ont, toujours, les apparences de la vieillesse avant l’âge.
Tels
sont les caractères physiologiques les plus évidents, de l’évolution sexuelle,
chez l’homme.
Maintenant,
voyons ce qui se passe chez la femme
C’est
un fait que la statistique nous a fait connaître que les femmes vivent plus
longtemps que les hommes. D’un autre côté l’histoire naturelle nous montre que
les espèces inférieures, c’est-à-dire celles qui possèdent le plus de
motricité, sont celles qui vivent le moins longtemps. Ces deux faits devraient
suffire pour nous prouver que la durée de la vie est subordonnée à l’intensité
des facultés sensitives.
Mais
la grande théorie ébauchée par Cl. Bernard sur le principe destructeur et le
principe conservateur, nous a donné l’explication scientifique de ce phénomène,
en nous montrant que c’est le ferment moteur qui use la vie ; ces travaux ont
été complétés en montrant que c’est l’agent sensitif qui la répare et la
conserve.
Donc
la sexualité qui augmente les qualités sensitives de la femme augmente la durée
probable de son existence.
Chaque
fois que la femme expulse un ovule, chaque fois qu’elle voit apparaître le
phénomène mensuel, elle gagne quelques instants de longévité, puisqu’elle se
débarrasse du ferment moteur qui, s’il était gardé, ravagerait son organisme.
Il
résulte de ces faits que, dans l’enfance, avant la séparation physiologique que
détermine la fonction sexuelle, le petit garçon et la petite fille, lorsqu’ils
ont le même âge paraissent avoir le même âge. Dans les premières années de la
jeunesse, il commence déjà à ne plus en être ainsi, le jeune homme, qui devient
barbu, prend les caractères de l’homme fait, il paraît plus âgé que la jeune
fille du même âge, quoique celle-ci soit déjà plus femme qu’il n’est homme.
Enfin, en avançant dans la vie, on a fait remarquer que l’homme prend, de plus
en plus, les caractères des anthropoïdes qui sont ceux de l’âge mûr du sexe
masculin ; en un mot, il vieillit vite.
La
femme, au contraire, semble rajeunir en vieillissant.
De
25 à 45 ans, elle représente de moins en moins son âge.
Cela
doit être ainsi puisque le Principe de vie qui refait les tissus augmente en
elle.
Que
de femmes de quarante ans qui en paraissent trente !
Que
d’hommes de quarante ans qui en paraissent cinquante !
« Dira-t-on avec
Schopenhauer, dit M. Fouillé, que la grâce féminine dure peu ? Est-ce
bien sûr ? Si la femme ne menait pas une vie contraire à l’hygiène, elle
conserverait presque toute sa vie cette jeunesse de corps et d’esprit, qui est
dans sa nature même, qui résulte d’un tempérament où les forces de réserve
l’emportent sur la dépense, qui rend, enfin, visible aux yeux la perpétuelle
jeunesse de la race et, même quand la beauté a disparu pour les indifférents,
il reste encore, pour ceux qui vivent auprès d’une femme et qui l’aiment, une
beauté d’expression, une grâce morale que les années ne sauraient flétrir. »