Edgar Morin est un exemple redoutable, il est irrécupérable. Gare aux embaumeurs.
Edgar Morin , un esprit libre, c’est bien le moins que l’on
puisse dire. Puissant aussi qui nous incite à douter de manière méthodique et constructive
des récits de ceux qui aimeraient bien penser une bonne fois pour toute à notre
place. Cet homme est un exemple redoutable, il est irrécupérable. Gare aux embaumeurs.
Le
paradigme perdu : la nature humaine (Seuil, 1973 et 1979), dernières lignes du
livre.
« La pleine conscience de l’incertitude, de l’aléa,
de la tragédie dans toutes choses humaines est loin de m’avoir conduit à la désespérance.
Au contraire il est tonique de troquer la sécurité mentale pour le risque,
puisqu’on gagne ainsi la chance. Les vérités polyphoniques de la complexité
exaltent, et me comprendront ceux qui comme moi étouffent dans la pensée close,
la science close, les vérités bornées, amputées, arrogantes. Il est tonique de
s’arracher à jamais au maître mot qui explique tout, à la litanie qui prétend
tout résoudre. Il est tonique enfin de considérer le monde, la vie, l’homme, la
connaissance, l’action comme systèmes ouverts. L’ouverture, brèche sur l’insondable
et le néant, blessure originaire de notre esprit et de notre vie, est aussi la
bouche assoiffée et affamée par quoi notre esprit et notre vie désirent,
respirent, s’abreuvent, mangent, baisent. »
Les
sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (Seuil 2000), chapitre 7, l’éthique
du genre humain page 135.
« Il n’y a pas que les inachèvements démocratiques.
Il y a des processus de régression démocratiques qui tendent à déposséder les
citoyens des grandes décisions politiques (sous le motif que celles-ci sont
très « compliquées » à prendre et doivent être prises par des « experts »),
à atrophier leurs compétences, à menacer la diversité, à dégrader le civisme…..Tout
cela contribue à une gigantesque régression démocratique, les citoyens devenant
dépossédés des problèmes fondamentaux de la cité. »