Tariq Ramadan est
un tenant de l’islam politique qui avance masqué. Il est très habile et cultivé
et s’appuie dans ses déclarations publiques et ses écrits sur des références à la
philosophie gréco-latine, chrétienne, celle de l’humanisme laïque ainsi que sur
les conceptions de l’état de droit pour asseoir son influence et sa crédibilité
tout en distillant l’idée que les
musulmans ne sont pas respectés parce que musulmans et que la culture musulmane
serait reconnue sans aucune valeur et à ce titre non respectée. Cette approche est
redoutable parce le constat de n’importe quelle discrimination ou injustice
devient la preuve de la véracité de ces affirmations et conduit à une
intervention en tant que musulman dans le champ de l’organisation
politique et de la citoyenneté. Et
évidemment à une remise en cause pas à
pas de la laïcité qui fonde la citoyenneté sur l’appartenance à un état de
droit dont aucune religion ou croyance particulière ne peut être la référence.
Le piège est bien tendu. Cette manœuvre met mal à l’aise la classe politique
qui joue à la fois de la surenchère verbale, du consensus mou et du
clientélisme. Elle a évidemment un pouvoir de séduction auprès de la population
de culture musulmane dans son ensemble, auprès de ses élites et de la jeunesse
en recherche d’identité.
Il était donc difficile de se dérober à la confrontation
intellectuelle et politique sauf à laisser le champ libre auprès des personnes
de culture musulmane mais aussi de nos représentants politiques inscrits dans
notre société laïque dont chacun voit bien que leurs convictions sont à la fois
vacillantes, fluctuantes et opportunistes.
La plupart des politiques travaillent pour leur carrière
dont l’horizon est le temps de la succession des mandatures. L’islam politique
travaille sur le temps long qui est celui des rythmes de la vie des hommes. Il
travaille à créer un fait sociologique pour obtenir un avantage politique. Avec
sa part d’improvisation, d’opportunisme et de tâtonnements. Ne nous laissons
pas instrumentaliser par les premiers non plus que par les seconds. Il serait
contreproductif de confondre l’islam politique, l’islam culturel et l’islam spirituel.
Ce jeu est celui de l’islam politique qui aura pour effet de diviser les forces
républicaines qui se reconnaissent dans un état de droit laïque. Le danger est qu’ici
certains politiques sont prêts à toutes les manœuvres signalées plus haut pour
parvenir ou se maintenir au pouvoir.
L’ouvrage
« Au péril des idées, entretien avec Edgard Morin »date de 2014.Celui
sur lequel je m’appuie ainsi qu’une conférence publique à laquelle j’ai assisté
pour expliquer la méthode de T Ramadan « De l’islam et des musulmans
» date de 2014.Je note que cet ouvrage ne contient aucun des excès
auxquels vous faites référence et qui existent bien sûr par ailleurs.
Depuis,
T Ramadan a été brutalement confronté à quelques contradictions entre son image
sociale et personnelle. Aussi sa légende a-t-elle pris de nouvelles apparences et quelques yeux
encore éblouis se sont ouverts ou entrouverts.
Prenons
garde à ne pas alimenter la posture de victime de la cause et les manœuvres qui
perdurent.