@babelouest
Je pense que nous sommes d’accord sur
un point qui est celui déjà signalé par Condorcet dans la citation.Un détour pourtant
s’impose me semble-t-il.
L’objet de mes 3 derniers articles
porte sur le danger que représente le néolibéralisme qui depuis un moment déjà
prend progressivement possession de tous les leviers de commande et d’influence
dans notre pays avec des gens plus ou moins habiles mais résolus et déterminés.
La plus insidieuse des méthodes est de nous faire douter de nous et de nos
capacités, de nous persuader de notre isolement, de nos divisions indépassables
ou du fait que ce n’est pas le bon moment, que les conditions n’y sont pas etc.
Le tour de force est de nous mettre sur la défensive à partir d’une position d’évaluateur de nos
propositions fondées sur les critères imposés par nos adversaires. Cette
posture est fragilisée maintenant parce que le bilan est mauvais et que nos
adversaires pour se maintenir sont obligés de restreindre l’expression de la
démocratie et que cela se voit. Ils ont de plus en plus de mal aussi à cacher
leur mésentente.
Depuis toujours, il y a une manière d’afficher
un radicalisme qui décourage toute initiative d’un côté et fait peur de l’autre
et conforte les pouvoirs en place.
Ce ne sera jamais le bon moment si on
attend les « bonnes conditions » sans faire bouger les lignes à notre
avantage alors que nos adversaires les font bouger tous les jours avec des
moyens extraordinaires sans
jamais renoncer sur rien avec une patience infinie qui enjambe les mandats. C’est
pour cela que j’évoque une coalition autour d’un projet. C’est un début, un
levier. Ce n’est pas facile de se rassembler. Mais en face, vous savez bien qu’ils
trouveront une équation.
Ce que je crains, c’est la perte progressive
de repères et de réactivité de nos citoyens avec possibilité de non-retour par dissolution
dans un système libéral autoritaire (c’est en réalité exactement le
fonctionnement de l’UE actuellement qui ne demande que croître en puissance) et
des communautés relativement autonomes qui feront contre des franchises et
avantages la « police » pour le système ou quelque chose d’analogue. Il
y a là de belles carrières à faire.
Nous vivons une situation surréaliste. Depuis des
années déjà nos concitoyens ont perdu confiance dans les médias ( 24% de
confiance) qui réussissent pourtant à maintenir à flot un certain type de
classe politique en se faisant passer pour des médiateurs, des informateurs ou
des arbitres, rôles qu’ils tiennent en faisant croire qu’ils représentent la
diversité des opinions, en donnant le change tout en imposant le cadre et le
vocabulaire de tous les débats avec des inflexions vigoureuses aux moments
décisifs. C’est une situation inédite qu’ils évoquent peu dans cette dimension,
on comprend pourquoi. Ils arrivent à faire passer leurs audiences donc leur
valeur marchande et celle de leurs vedettes auprès des publicitaires pour une
adhésion. Petit résumé de la perversité du système. Soyons honnêtes, c’est une
performance et nous avons affaire à des gens intelligents, inventifs et
coriaces.
Le point important et incontournable,
c’est l’existence d’une capacité citoyenne qui émerge et que les médias tentent
d’endiguer et de contrôler au gré des actualités avec polarisation sur les
événements et leur mise en scène, la prééminence de porte-paroles bien
entraînés et le brouillage sur les causes et la réalité des acteurs. Par
ailleurs, le moindre élu redoute l’accroissement de la compréhension, de la curiosité et du pouvoir de contrôle de ses
concitoyens (soyons juste, la plupart). Le développement de cette capacité
citoyenne est une étape déterminante à franchir. Mais, il faut d’abord ou en même
temps se débarrasser de la nasse dans laquelle nous nous sommes laissés piégés.
J’ai regardé vos documents. Je suis d’accord
avec vous sur le fait que la réflexion utopique est une réflexion puissante et
féconde pour nous tous, qu’elle fait parie de la partition et qu’ elle doit
être proposée comme d’autres démarches
au processus de réflexion et de choix démocratiques .Cela nous rappelle que nos
cadres de pensée sont en fait des héritages et que chaque génération fait
fructifier un héritage en le dépassant à partir de sa propre expérience et
réflexion.
J’ai apprécié le travail ingénieux
fait à partir de la constitution de 1946 qui illustre à la fois qu’une
organisation doit être pensée et construite et que des choix cruciaux et leurs
conséquences doivent faire l’objet de réflexions partagées et d’arbitrage au
final. Difficile d’aller plus loin dans le cadre d’un commentaire.
Bien à vous.