Merci pour ce commentaire intéressant et complémentaire de l’article. Effectivement, la psychanalyse tout comme la phénoménologie est une boîte de pandore amenant des développements. Voir par exemple les derniers livres de Bernard Stiegler à propos de l’autorité, la consistance de la justice, la sublimation et la destruction de l’économie libidinale par le capitalisme. J’ajoute à cet article ces quelques lignes écrites en supplément
En ces temps de marasme social, la question du langage semble s’imposer à mon esprit, toujours curieux, hélas papillonnant, inapte à se fixer sur un thème pour le développer convenable. Langue, parole, quel sens accorder à ce trait spécifique de l’être humain. Sait-on comment et pourquoi une langue se crée et se forme peu à peu ? Mais aussi comment une langue peut en certaines occasions être abandonnée, cas du latin, du grec ancien, voire être déformée au risque de s’appauvrir et servir de sinistres dessein, ce qui fut le cas de la LTI au moment du nazisme, mais aussi de la langue française en ces temps de technocratie galopante sur fond d’abrutissement médiatique.
Le langage désigne la déformation de cet outil plastique qu’est la langue. C’est bien la langue allemande qu’employaient les propagandistes nazis. C’est la langue française qu’emploient les politiciens et les journalistes et autres oligarques, mais c’est un langage qu’ils utilisent, autrement dit ce n’est pas toute la langue mais un ensemble de mots, notions et phrases à visée performative dont le but, on peut raisonnablement le penser, est d’obtenir un résultat en terme de pouvoir. Un langage perforatif est agissant. Cette langue déformée par le monde politico-médiatique, Eric Hazan en a fait un livre intitulé LQR ( Raison d’agir) pour désigner cette ensemble terminologique en usage depuis Giscard et dont le but serait d’endormir le citoyen, le formater, le faire obéir et se soumettre à une « dictature néolibérale ». Sont explicitées nombres d’expressions pouvant servir de leurre, comme par exemple la personne de condition modeste, au lieu de pauvre, ou alors les couches sociales en lieu et place de classe. Les mots ne sont pas innocents. La notion de classe renvoie à une classification des individus conçue comme processus historique et culturel alors que la notion de couche laisse entendre un processus naturel, à la manière des couches d’alluvions sédimentant lentement et spontanément pendant le cours régulier ou capricieux du fleuve.
A mon avis, ce livre est utile mais il reste partisan car on le pressent bien, Eric Hazan semble déplorer qu’on abandonne une autre langue performative, celle employée par une gauche d’inspiration communiste dont les visées sont tout aussi politiciennes et pas nécessairement émancipatrices. Ce langage est lui aussi employé pour servir des enjeux de pouvoir et n’est pas exempte de manipulations, comme on l’a vu pendant le référendum sur le TCE ou bien la fronde contre le CPE. En fin de compte, c’est de bonne guerre et tout à fait compréhensible dans une perspective philosophique. Dans tout combat raisonnable, il faut utiliser contre l’adversaire des armes de même nature et surtout de même puissance.