(suite)
Depuis le Moyen-Âge, le privilège de clergie interdit aux hommes
d’armes de franchir l’enceinte des écoles ou des facultés. Or voici
ce qu’il advient. A 16 h45, à la demande écrite de M. Roche,
recteur de l’Académie de Paris, les CRS masqués, casqués et
protégés par des boucliers, investissent, mousquetons à l’épaule,
la Sorbonne. Déployés en étau, ils obligent les étudiants
terrorisés à se replier. Je suis le mouvement. Blême, ratatinée
de peur, accrochée comme une sangsue à mes compagnons, j’escalade
en reculant l’escalier et me rive le dos au mur. Puis il y a un
flottement. CRS et étudiants se contemplent, comme s’ils hésitent
sur la marche à suivre. Soudain, dans un impressionnant cliquetis de
ferraille, les forces de l’ordre s’avancent vers nous, menaçantes.
Nous sommes face à face et je crois ma dernière heure arrivée. Il
n’en est rien : d’un violent coup de bras, les CRS séparent les
filles des garçons.
– Allez, les
NANAS, dehors !
– Si les flics
nous virent, on occupe tout, murmure mon voisin. Essayons de nous
échapper par les toits !
Sans ménagement,
les CRS poussent les « nanas » vers la sortie ; nous sommes
projetées les unes contre les autres. Dans la tourmente, je récolte
un violent coup sur l’épaule qui me laisse un instant pantoise.
– Qu’allez-vous
faire de nos camarades ? interroge une jeune fille qui a eu la chance
d’être moins malmenée que moi.
– On va les
embarquer dans les cars situés à la sortie afin de vérifier leur
identité. On gardera les meneurs.