@sophie
Voici
les réponses à Napoléon :
«
EN CONSÉQUENCE, DÉCLARONS :
«
Que la loi divine, ce précieux héritage de nos ancêtres, contient des
dispositions religieuses et des dispositions politiques ;
«
Que les dispositions religieuses sont, par leur nature, absolues et
indépendantes des circonstances et des temps ;
«
Qu’il n’en est pas de même des dispositions politiques, c’est-à-dire de celles
qui constituent le Gouvernement, et qui étaient destinées à régir le peuple
d’Israël dans la Palestine lorsqu’il avait ses rois, ses pontifes et ses
magistrats ;
«
Que ces dispositions politiques ne sauraient être applicables depuis qu’il ne
forme plus un corps de nation (77)... »
Sauf
le ton un peu emphatique du préambule, c’est la répétition, mot à mot, de la
leçon faite, la veille, par M. de Champagny d’après les instructions secrètes
de l’Empereur, et scrupuleusement retenue par les 71.
La
stratégie de l’Empereur a réussi, les juifs ont capitulé sur leur propre
territoire, la Bible est scindée : le reste sera accordé à peu près sans
résistance.
IV
Un auteur a dit, avec une pointe d’ironie : « Les députés israélites savaient
dans quel sens ils devaient répondre pour être agréables, et, comme c’étaient
en grande majorité des hommes très distingués et élevés bien au-dessus des
préjugés vulgaires, i1 est permis de penser que
leurs
réponses, conformes aux désirs de Napoléon, étaient conformes aussi à leur
conviction personnelle (78). » Les questions proposées étaient donc au nombre
de douze. Nous ne reproduirons pas, de
crainte
de fatiguer le lecteur, les longues dissertations qui sortirent de l’Assemblée
des Notables : il suffira d’énumérer le précis des réponses pour constater que
chaque notable avait bien retenu la leçon faite en particulier, et qu’aux
reluisants Il faut, consignés dans les instructions secrètes à M. de Champagny,
correspondaient, dans les rangs de l’Assemblée, des amen alignés et sonores
comme des armes qu’on présente à un chef militaire !
L’Assemblée
décida. comme conformes à la Loi française : La monogamie ; La validité du
divorce uniquement avec le consentement des tribunaux du pays ; La faculté de
contracter mariage avec les chrétiens : Les Français sont les frères des juifs
français ; Il n’existe pas de différence dans la manière de traiter des
coreligionnaires ou des
compatriotes
chrétiens ; La France est notre patrie ; Le mode d’élection des rabbins n’est pas
déterminé ; Leur influence est fondée sur l’usage ; Ils ne jouissent d’aucune
autorité ; Nulle profession n’est interdite ; L’usure est contraire à la Loi
mosaïque ; elle est honteuse.
Dans
cette adhésion ponctuelle aux vues de l’Empereur, il y eut cependant une
réserve, presqu’une résistance, qui fait honneur au sang d’Abraham : ce fut sur
la question des mariages mixtes. Napoléon avait dit dans ses notes écrites à M.
de Champagny : Il faut que des juifs ou juives puissent épouser des Français ou
Françaises. Il faut même que les grands rabbins recommandent ces unions comme
moyen de protection et de convenance pour le peuple juif (79). Or, quand vint,
dans l’Assemblée des Notables, l’examen de cette troisième question, une
irritation très vive s’empara d’un grand nombre de membres, surtout des
rabbins, aux yeux desquels le cours du sang d’Abraham allait devenir trouble,
comme un fleuve qui reçoit des affluents. Les rabbins voulaient donner, seuls,
la décision, à l’exclusion des laïques, parce que « de même que lorsqu’il
s’agit de décider de points astronomiques, on s’adresse uniquement à des
astronomes, de même on doit laisser aux théologiens tout ce qui a trait à la
Religion (80) » ; et les rabbins allemands en particulier exigeaient que la
décision fût d’une rigueur inexorable « parce qu’ils ressentaient de grandes
inquiétudes de conscience sur cette question qui visait le judaïsme au cœur
(81) ». On ne pouvait cependant dire carrément non au terrible César. On
répondit : « Que la loi religieuse ne prohibait absolument le mariage qu’avec
les sept nations chananéennes, Amon et Moab (dans le passé), et les idolâtres
(dans le présent) ; que les nations modernes ne sont pas idolâtres, puisqu’elles
adorent un Dieu unique ; que plusieurs mariages mixtes s’étaient accomplis, à
différentes époques, entre les juifs et les chrétiens en France, en Espagne et
en Allemagne ; mais que les rabbins ne seraient pas plus disposés à bénir le
mariage d’une chrétienne avec un juif, ou d’une juive avec un chrétien, que les
prêtres catholiques ne consentiraient à bénir de pareilles unions (82). »
La
réponse ne manquait pas d’habileté.
L’Empereur,
satisfait des réponses sur tout le reste, ne se montra nullement mécontent de
l’échec sur les mariages mixtes : il se flattait de le réparer auprès du grand
Sanhédrin.
Napoléon
et les Israélites : https://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Lemann/Preponderance/Napoleon.htm